Ibid., p
Lincoln approuvait une révolution dans l'Etat ou dans l'Eglise? Les actes du concile de Lyon (1245) nous le montrent attaquant le pape avec une violence pleine d'amertume, et Mathieu Paris nous le dépeint comme un fougueux apôtre de l'indépendance épiscopale. Sans aller, sur la foi de certaines lettres dont l'authenticité a été justement mise en doute', jusqu'à le considérer comme un précurseur de Wiclef et de la Réforme, sans penser même que le portrait crayonné par Mathieu Paris soit de tout point fidèle, on peut au moins se représenter Robert Grossetête comme un esprit hardi dans la spéculation, passionné pour la défense de ses idées, absolu dans les affaires de son diocèse. Par ses qualités comme par ses défauts, il a certainement exercé une grande influence sur le comte de Leicester, et contribué à lui donner une foi inébranlable en lui-même. Mais encore une fois, la doctrine, les principes nous échappent, et nous ne savons si le comte de Leicester entrera dans la guerre civile avec un plan arrêté. Je ne le pense pas pour ma part, mais je ne saurais appuyer mon opinion sur des preuves. L'évêque de Lincoln vint d'ailleurs à manquer à Simon de Montfort au moment où celui-ci revenait de Gascogne*, à demi réconcilié seulement avec le roi, et libre désormais de prêter une attention soutenue aux débats qui agitaient le pays et partageaient le Parlement, tout prêt enfin d'oubUer le dernier conseil de son illustre ami : le souvenir des bienfaits et le pardon des injures.
En dehors du clergé, Simon de Montfort eut un petit nombre d'amis dévoués, et qui lui restèrent fidèles jusqu'à la mort; mais ici nous ne pouvons plus guère enregistrer que des noms; la plupart n'ont d'autre histoire que celle du comte lui-même. Ce sont Pierre de Montfort, d'une famille normande établie en Angleterre depuis la conquête, qui accompagna Simon en Gascogne, et fut sans cesse à côté de lui pendant la guerre civile ^; les Despenser, les Basset, les Segrave. Simon était en outre allié aux Bigod, aux
i. Par M. Ch. Jourdain dans le Bulletin de VAcad'mie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2- série, t. IV (1868), p. 13.
2. Il mourut le 8 octobre 1253, d'après VHistoria anglicana de Barth. Cotton, dans les Annales monastici, p. 131.