CHRISTOPHE, SIMON
SIMON
Non... c’est moi... une laide figure au lieu du gentil minois que vous croyiez voir entrer... (Jfouvcment de Christophe.) Ah î ah ! ce n’est pas régalant , pas vrai , pour un amateur de beau sexe qui «lonne des rendez-vous?
CHRISTOPHE
Hein?... vous sauriez...
SIMON
Je sais... je sais que M ,le Louise a toujours été une honnête hile et qu’elle veut continuer à être une honnête femme... ce qui fait qu’elle m’a avoué pourquoi là, tout-à-l*hcurc , vous lui avez parlé tout bas en cachette... J’avais vu ça, moi, une vieille habitude de l’état... on regarde un peu partout à la fois... pour voir s’il ne vient pas d’orage.
Christophe.
Après! après !..
SIMON
Elle m’a dit de vous prier de ne plus penser à elle... ça serait des idées perdues... affaire finie, sergent, il n’y a plus personne pour vous... je vous ai effacé... c’est drôle; mais c’est comme ça... Dam! aussi, on ne peut pas tout gagner, les galons, les croix d’honneur et les femmes... faut un peu en laisser aux autres, cl j’en suis des autres... chacun sa petite part... c’est trop juste... j’en suis fâché pour vous qu’avez an fond l’air d’un bon diable... Mais aussi pourquoi arriver si tard?., vous auriez dû faire viser votre feuille de route un bon mois plus tôt... Allons, maintenant qu’il n’y a plus à filer le sentiment, si vous avez envie de manger un morceau... faut pas faire la petite bouche, et si vous êtes un brave sans rancune, vous viendrez boire un coup à la santé d’une ancienne amie, qui ne vous en veut pas, quoique vous ayez agi un peu cavalièrement avec clic... CHRisTorns- Que voulez- vous dire?
SIMON
Eh t oui, quand on respecte une jeune fille, on ne lui demande pas un rendez-vous Je jour même qu’elle en épouse un autre... c’est pas gentil , ça... c’est pas digne d’un beau sergent comme vous...
Christophe, avec impatience.
Camarade, je vous ai écouté paisiblement tant que vous me parliez de la part de M ,,e Louise, ruais pour ce qui vient de votre cru, face en tête, demi-tour 1 ça ne passerait pas.
simon, avec sang-froid.
Oh! c’est que vous n’étes pas bien disposé!..
CHRISTOPHE
C’est possible!
SIMON
Au fait, je me rends bien compte de ça, car moi aussi, tout-à-l'heure, quand j’ai appris qu’à ma barbe, vous aviez cherché à subtiliser ma future...
cnmsTOPiiE.
Eh bien?..
simon, s'échauffant.
Eh bien ! je mo suis senti trembler de colère!., et quand, ça inc prend , voyez-vous...
CHRISTOPHE
Ça ne dure pas long-temps , à ce que je vois.
SIMON
Fâchons pas, sergent! M ,,# Louise m’a fait donner ma parole de ne pas avoir de raisons avec vous.
CHRISTOPHE
Et vous vous garderez bien d’y manquer?
SIMON
Comme toujours.
CHRISTOPHE
C’est plus prudent.
SIMON
Oh ! pour ce qui est de ça et du courage, chacun l’entend à sa manière.
CHRISTOPHE
J’ai cru qu’il n’co était qu’une seule.
Se battre, n*est-cc pas? affronter un coup do sabre ou ben un coup de feu ? s’exposer à tuer un homme pour montrer qu’on n’a pas peur ? la belle poussée 1
CHRISTOPHS.
Cela prouve au moins...
simon, avec force.
Cela ne prouve rien du tout; c’est de l’orgueil ; le véritable courage n’est pas si méchant, si vaniteux... c’est pas pour de la gloriole qu’on doit risquer sa vie. Je n’ai pas été au feu comme vous, je refuse mémo de m’aligner sur le terrain, c’est pas ma partie, mais ça ne m’empêche pas de me croire aussi brave que vous.
Christophe, avec ironie.
Aussi brave... pour quelques maladroits que ça a sauvés en faisant la coupe ou le plongeon!... quelle crâneric que de se jeter & l’eau quand on sait nager !
SIMON
Père Pascal aussi savait nager et ben mieux que moi encore, ça n’a pas empêché que le pauv’ cher homme... parce que, quand on a de ça et qu’on voit une créature vivante qui vous tend les bras comme pour vous dire : Simon, t’es un homme comme moi, viens à mon secours, Simon, ou je vas périr, y a pas de gros temps, pas d'ouragan qui tienne, pas de tonnerre, on donne sa tête au petit bonheur ! C’est que , voyez-vous , dans ces momens-Ià la mer est un champ de bataille; mua ennemi c'est la tempête avec qui je lutte de toute la force de mes deux bras... c’est mes duels, k moi, je me bats avec la mort. Oh ! c’est qu’il y en a qui parlent beaucoup, qui traitent les autres de
lî
MAGASIN THÊATRAL. '
sans-cœur et qui n'auraient peut-être pas le coung* d’étio poltrons à leur manière.
CHRISTOPHE
Dieu merci ! ou a fait ses preuves.
SIMON
Oh ! vous avez beau faire reluire votre croix au soleil ! {Il déboutonne vivement sa veste et montre ses médailles.) Tenez, en vlà aussi des décorations! mais chacune d'elles est la vie d’un homme, chacune d’elles, c’est une veuve ou un orphelin de moins.
SIMON
Ahl vous m’en défiez I
CHRISTOPHE
Oui ! ( A lui-même , ollantprendre son sac etson épée.) Allons, tout est dit, et maintenant, quoi qu'il puisse arriver , en route ! un adieu ft mon vieux père, et puis... et puis .. {Revenant à Simon.) Vous entendez, n’cst-ce pas? je vous le défends.
11 sort en faisant à Simon des gestes menaçant.
Ain : Vaudeville des Frères de Lait.
Simon nn lâche! aile*, mon camarade,
Personne ici jamais ne vous croira ;
Je ne fai# pas d'inutile bravade,
Et not' courag' diffër' peut-être en c’Ia.
Le mien pourtant au vôtre est préférable.
Et maint exemple est là pour le prouver:
Vol’ gloire à vous, c’est d' tuer voir’ semblable ; La niieonc, c'est de le sauver.
En v’Ià assez do dit pour cette fois, sergent; maintenant il y a plus rien ici qui vous retienne. Servitour, et au plaisir de ne plus nous retrouver ensemble... ça m’obligera et ma petite femme pareillement.
Christophe.
Vol’ femme I mais elle ne vous aime pas.
SIMON
Elle ne m’aime pas?
cdiustophe.
Elle ne vous aimer? jamais.
SIMON
Oh ! si fait 1 je l’aime tant, moi t
CltlSTOPBB.
Vous! allons donc, vous no l'épousez que par calcul.
SIMON
Moi !
eu mstopub , redoublant.
Tar cupidité, par un vil intérêt!
sinon, plus fort.
Moi!
CHRISTOPHE
Pour avoir son argent, celui de son père !
simon, plus fortement .
Moi! moi!
CHRISTOPHE
Oui, oui, vous voulez devenir lu mari d’une fille riche qui vous dispensera de travailler et vous
nourrira a rien faire.
simon, au comble de la colère.
Voulez-vous bien...
Ï1 saisit Christophe comme pour le briser
Christophe , dégageant son bras de la main de Simon.
A U bonno heure donc! oh! vos pramls vous ne me font pas peur, el la preuve e’esl que je vous défends d’accepter la main de Louise, «nus quelque prétexte que ce soit, entendez-vous, je vous défend!