‹ Simon Terre-Neuve, vaudeville en 1 acteChapitre 3 sur 24 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MÈRE PASCAL, put* SIMON.

sinon, en dehort.

Va, va, ne t’inquiète pas, nia petite, j'espère bien que demain noua filerons quelques nœuds ensemble I

Il cotre.

AIR de Hazar.icllo (de Carafa).

Sans m'attrister D'un sort toujours contraire,

El sans m'en irriter,

J* sais supporter ïai pciue et la misère ;

J'espère pour m’ soutenir Un meilleur avenir.

I>‘ l'autr* côté du rivage Pourvu qu'eu mon canot Je fasse bon passage, #

C'est tout ce qu'il me faut ;

El j' gagn’ pour ool* ménage Le pain du matelot 1 La, la, la, la, la.

Bonjour, mère Pascal. Rien encore à faire aujourd’hui : toujours ce chien de nord-ouest qui nous tient à la cape.

MÈRE PASCAL

A qui donc que tu parlais par là-bas T

SIMON

Oh! A une que vous n’aimez guère. (Avec tendrette.) Cette chère amie! elle est là qui so balance tout doucettement, avec ses deux avirons aux côtés.

MÈRE PASCAL

Ah! ah! c’est de ta barque que t’es tombé amoureux!

SIMON

Ab ! amoureux, je n* dis pas ça ; mais la Louise- Marie, la Louise-Mario! il n'y a pas sa pareille depuis Dunkerque jusqu'à Gibraltar ! Venez donc un peu la voir, mère Pascal, avec sa coiffe de toile grise, qui se gonfle à chaque rafale.

MÈRE PASCAL

Ah ! ben oui, j’ vas me déranger pour ça !

SIMON

C’est juste; vous n'éles pas marin ! vous êtes filcuse. Oh! si j’étais filcusc, peut-être bien... Mais d’abord, vous l'halssez,la mer, vous ne pouvez pas la voir en peinture.

MÈRE PASCAL

Est-ce qu’elle ne m'a pas tout pris? et mon pauvre Pascal?

SIMON

C’est vrai ; clic l’a gardé celui-là !

MÈRE PASCAL

Un homme si courageux, si robuste! le premier pécheur de morue qui ail existé sur le port de La Rochelle. *

SIMON

Noyé à perpétuité.

MÈRE PASCAL

Et en voulant sauver uu de scs camarades encore.

SIMON

Oui, il est mort en brave le père Pascal!

MÈRE PASCAL

En brave! co brave! c’est-il pas bien consolant! C'est donc être braveque d'oublier à chaque instant qu’on a une femme ou des enfans pourse jeter à l’eau, ni plus ni moins...

SIMON, l' interrompant.

Assez , mère Pascal ; vous savez que nous ne sommes jamais d'accord sur ccl article-là. mère pascal, continuant.

Tes comme ça aussi, toi; tu verras qu'il l’arrivera malheur?

SIMON

Mère Pascal, je vous aime, je vous respecte, ni plus ni moins que si vous étiez la mienne propre, parce que vous m’avez recueilli tout mioche, et que le pauvre père Pascal, un crâne pécheur, je puis le dire, m’emmenait toujours avec lui quand il parlait pour Saint-Pierre dcMiguclonou Sainte Lucie, oùs qu'il m'a élevé soigneusement dans I, morue, jusqu’à quinze aus. C’est pour ça qu'l* m’appellent Simon Terre-Neuve.

MÈRE PASCAL

Et puis , parce que, comme les bons chiens de mer de cY endroit-là, tu te jettes à l’eau dès que le pied glisse à quelque maladroit. Aussi, maintenant, t'es connu; et il n’y a pas un accident, qu’on ne sc mette à l’appeler : Eh! Simon! un homme à la mer! Et alors, c’est comme une frénésie, une rage qui te prend ; tu arrives en courant, en criant : Où est-il? de quel côté? Et dès qu’on t’a montré la place: pouf! à l’eau. Oh! t’es terrible à regarder dans ccs momcns-là; je t’ai vu, et je suis bien sûre que, si l’on voulait te retenir, tu deviendrais furieux, tu serais capable de battre, de mordre! ça n'a pas de bon sens!

SIMON

Si vous saviez, mère Pascal, ce que c’est que de sauver la vie à uo homme, à une femme, à un enfant! quelle joie ça vous met au cœur, et comme on les aime, ccs chers amis du bon Dieu, quand on les retire de vingt pieds de profondeur, qu'on les jette sur le sable après avoir seuli que leur cœur battait encore; on les remue, on les réchauffe, on alleud qu'ils ouvrent les yeux pour vous regarder, que la voix leur revienne pour vous dire : Merci !

Alt : Soldat français né d’obscurs laboureur r.

Oui , j'en conviens, de it-ntimcns nouveaux

Mon a me alors tout entière est remplie.

Quand par hasard, je r'lir* du fond des eaux

Le naufragé près de perdre la vie.

Devant c' bonheur qu le ciel m’a réserve

Tout cède alors, bain', passion colère,

Et quand meme j'aurais trouve

Mon ennemi itan» celui qo* j’ai saové.

En la» je ne vui» plu* qu'un frère! (Wi.)

Tenez, mère Pascal, si vous avez quelque amitié pour moi, no me chamaillez pas toujours quand je reviens un peu imbibé pour avoir repêche quelque malheureux qui faisait le plongeon.

MÈRE PASCAL

Mais ce que j’en dis, c’est par attachement, moiquin’ai plus que toi sur la terre, et qui l'aime comme mon enfant.

Vol’ enfant! je le suis, vut’ enfant! Père Pascal me le répétait souvent : « Simon , qu’il me disait comme ça les jours qu’il voyait noir , tu sais bien, la vieille que nous avons laissée là-bas. — Vol* femme, père Pascal?— Eb! ouï, marsouin. ..il m'appelait comme ça, par amitié, c’était une de ses douceurs; eb ben ! donc, qu’il me disait, si jamais je viens à sombrer, c’est toi qui la consoleras, qui la soutiendras, entends-tu?** Et puis il se mettait à pleurer un brin, tout marin qu’il était, et en mâchant son tabac. Allons, voyons, v’iâ- j t-il pas que vous pleurez aussi, vous! voulez-vous bien finir !

MÈRE PASCAL

Non; t’es un obstiné; tout ça c’est pas des raions pour t’exposer comme lu fais , et pour des ingrats encore : pas un qui l’ait offert...

SIMON

Quoi? plait-il? de l’argent! aucun n’a osé me faire cet affront , et je les estime; ce sont de braves gens qui u’ont pas voulu m’bumilîer.

MÈRE PASCAL

C’est pas faute qu’il s’en trouve de riches dans le nombre : quand ça ne serait que ce fermier de l’ile de Ré, M. Maurice.

SIMON

- Oh ! do lui, jamais I

■ ÈRE PASCAL

El pourquoi?

simon, embarrassé.

Pourquoi? pourquoi? parce que si une fois on le laissait faire pour s’acquitter, y aurait plus moyen d’en jouir; et puis, est-ce que M ,le Louise, son amour de fille, no m’a pas remercié quand je lui rapportai son père que je venais de réchapper ? et un rcmcrcimenl de sa part, voyez-vous, ça vaut mieux que tout au monde!

MÈRE PASCAL

Tu la connaissais donc avautdc lui avoir rendu ce service?

SIMON

Je lie lui avais jamais parlé ; mais il y a ben long-lcmpsque pour la première fois j* l’avais vue a l’église Saint-Mariîn-de-Ré , un dimanche des Rameaux, où clic portait la bannière de la saimo Vierge. Oh 1 si vous aviez pu la voir , mère Pascal!...

Mise PASCAL.

Comme lu me dis ça, mon garçon! F.*! -ce que...?

simon, brusquement.

Rien du tout, la mère; tout ça, c'est pour vous dire que c'est des braves gens, la famille Maurice, et pas fiers : la preuve, c’est qu’hier, en arrivant à Saint-Pardon, ils nous ont donné la préférciicc pour sc loger; ils sont venus ici sans façon.

■ ÈRE PASCAL

En attendant que le vent leur permette de re tourner dans l’ilc, ça peut durer plusieurs jours.

SIMON

Et la monnaie blanche , mémo la noire, est rare chez nous, n’est-ce pas ça que vous voulez dire?

■ ÈRE PASCAL

Dam 1 dans ton métier de passeur, quand la traversée ne donne pas, et dans ce moment-ci... deux personnes de plus dans la maison.

SIMON

Chut! parlez donc pas si haut; M. Maurice n’auraitqu'à vous entendre : il s’imaginerait qu’un veut lui demander quelque chose. (A demi-voix et lentement.) 11 n'y a donc plus...?

M F. RE PASCAL

Plus rien.

SIMON

Plus rien! que ces médailles d’or cl d’argent que l’autorité m’a données et -que je porte â m.» veste des dimanches. Oh! mais, sacrées celles-là; on les enterrera avec moi, si je ne coule pas quelque jour â fond de cale.

■ ÈRE PASCAL

Allons, encore de ces méchantes idées 1

SIMON

Oui , c’est vrai que ça serait dur do mourir quand on a lâ, dans le fond du cœur, quelque chose.

■ ■ÈRE PASCAL

Qu’cst-cc que lu dis?

SIMON

Rien; j* m’entends : c’est bon! J’ vas aller voir des amis pour leur emprunter quelques livres de poisson. ( A //art.) Diable de pensée aussi qui ne me laisse pas tranquille ! Bah ! faut secouer ça!

MÈRE PASCAL

Voilà M. Maurice.

SIMON

Chut! qu’il ne se doute pas de notre embarras.

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