‹ Simone: pièce en trois actesChapitre 20 sur 24 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

SERGEAC, MICHEL. Toute cette scène doit être jouée dans la violence, mais à mi-voix.

SERGEAC, après un regard à la porte far laquelle est sortie Simone.

Mon premier mouvement, monsieur, a été de refuser de vous recevoir, car je ne m'explique pas votre présence ici, après ce qui s'est passé hier. M. Mignier vous l'araconté, je suppose.

MICHEL

Mon père m'a tout dit, en effet.

SERGEAC

Alors, vous n'ignorez pas qu'il a repris sa parole.

MICHEL

Non. Mais je n'ai pas repris la mienne.

SERGEAC

Parlez plus bas. Je ne comprends pas. Voulezvous dire que vous êtes résolu à épouser Simone, malgré la volonté de votre père?

MICHEL

J'ai pour mon père une affection faite de reconnaissance et de vénération. Je pense qu'il a tort de me refuser Simone, mais comme il m'a déclaré que, si je faisais ce mariage, Une me permettrait

plus de le revoir, et comme il est vieux, et qu'il n'a que moi, j'hésite à le sacrifier ; j'hésite à abandonner sa vieillesse dans la solitude, j'hésite à faire mon bonheur au prix du sien, voilà tout, et je venais vous le dire, et vous dire, ainsi "qu'à Simone, que j'étais décidé à ne rien brusquer, et que* je comptais, avec le temps, le faire changer, d'avis..

SERGEAC, le congédiant.

Eh bien, monsieur, quand ce moment-là sera arrivé...

MICHEL

Mais je désire causer avec mademoiselle Simone.

SERGEAC

Pour ce que vous avez à lui dire, je puis le lui répéter.

MICHEL

Je demande formellement à la voir.

SERGEAC

Je vous le refuse.

MICHEL

Je n'accepterai de refus que celui qui viendra d'elle.

SERGEAC '

Il faudra vous contenter du mien.

MICHEL

Je ne m'en contente pas.

SERGEAC

Allons, monsieur, vous n'allez pas m'obliger...

MICHEL

A quoi?

SERGEAC

Enfin, je vous prie de sortir de chez moi. Comprenez-vous?

MICUEL

Vous me faites une injure que je n'ai pas méritée.

SERGEAC

Pas de discussion !

MICHEL

Que craignez-vous ?

SERGEAC

Rien.

MICQEL

Alors?

SERGEAC

Je ne veux pas vous laisser causer avec ma fille, parce que je ne veux pas que vous lui révéliez les secrets que votre père a volés.

MICUEL

Mon père a usé de ses droits.

. ^> SERGEAC

J'use des miens.

MICHEL

Vous en avez donc encore?

SERGEAC

C'est cela que vous vouliez me jeter à la face, n'est-ce pas? Vous qui nous avez apporté le malheur !

MICflEL

C'est moi que vous accusez! Moi ! Vous !

SERGEAC

Vous avez dérobé les secrets d'une famille...

MICDEL

Qui allait être la mienne.

Elle ne le sera pas. Laissez-moi donc tranquille.

MICHEL

Votre conscience...

SERGEAC

Eh, ne vous occupez pas de ma conscience! Je n'ai qu'un désir, c'est que vous quittiez cette maison où votre présence est un danger.

MICQEL

Ma présence, un danger ? Et la vôtre? La vôtre y est un défi à la justice. Et c'est presque de la folie d'avoir espéré vivre dans un bonheur tranquille, vous et la fille de la morte. Votre aveuglement dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Vous ne comprenez pas que si votre fille souffre, c'est par votre faute. Celle que vous avez frappée et le plus cruellement, cest celle qui vit aujourd'hui et qui est innocente.

SERGEAC

Si VOUS croyez qu'elle est la seule à souffrir !... On me fuit, on me hait, on me condamne, on me traite comme un pestiféré. Eh bien, ceux qui méjugent auraient agi comme moi s'ils avaient été à ma place. Celle que j'ai frappée... Comment vous dire cela?... Sachez, sachez que pour me trahir, elle avaitchoisi l'être qu'aprèselle j'aimais le plus au monde, l'ami de mon enfance, de ma jeunesse, de toute ma vie. Quinze jours après le drame, on a trouvé mon ami pendu dans sa chambre. Avant de mourir il avait adressé à mon père une lettre pour moi, dans laquelle il me demandait pardon, après m' avoir tout révélé Cette lettre, jel'ai brûlée, pour ne jamais céder à la tentation de m'en servir. Cependant, j'ai élevé Simone dans le culte de cette femme. Je la lui ai montrée comme la plus douce, la plus tendre, la plus affectueuse des mères. Et j'ai menti, menti, menti, non sans courage et sans effort, je puis le dire. Cette mère n'aimait personne, ni son complice, ni moi, ni notre enfant dont elle m'a reproché toute sa vie la naissance. J étais si aveuglé d'amour que cela ne m'a pas ouvert les yeux. J'avais mis en elle toutes mes espérances, tout mon bonheur, toute ma vie. Ma foi en elle était plus grande que celle d'un martyr pour son Dieu. Et une lieure après les avoir quittés, elle avec des baisers, lui avec des étreintes, je les ai trouvés dans les bras l'un de l'autre. Et elle m'a bravé I... {Un silence.) Je sais bien : j'étais la vie-

time, je ne pouvais pas être le justicier... Un meurtre reste un meurtre et nous allons vers un | temps qui n'en absoudra aucun. [Après un moment, Michel, silencieusement, lui serre la main.)

SERGEAC

Merci... Je vais appeler Simone... Laissez-lui un peu d'espoir. {Il va à la porte de droite et appelle Simone qui entre.)

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