‹ Simone: pièce en trois actesChapitre 19 sur 24 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

SIMONE, SERGEAG SERGEAC

Tu veux bien me voir?

Oui, père.

SERGEAC

Tu ne me hais pas trop d'avoir causé la rupture de ton mariage?

Non.

SERGEAC

Alors, tu veux bien que je t'embrasse? [Il Vembrasse. Elle se raidit et supporte le baiser.)

Oui. {Elle s'éloigne un peu.)

Crois-tu pouvoir l'oublier, celui que tu avais choisi?

Oui.

Tu t'éloignes?

Non... mais...

SERGEAC

SERGEAC

Je comprends que tu sois irritée contre moi. Et même je te remercie de ne'pas te montrer plus sévère... Si tu voulais, nous ne reparlerions plus jamais de ce qui s'est passé hier. Et nous essaierions de reprendre notre bonne existence d'autrefois.

Je veux bien.

SERGEAC

Jamais, jamais je n'oublierai la preuve d'affection, de dévouement, de respect que tu me donnes en ce moment.

Ne dites pas cela.

SERGEAC

Tu me dis vous.

Non. C'a été malgré moi.

SERGEAC

Je ne te le reproche pas. Je ne te demande rien. J'attendrai que l'oubli s'étende sur le passé...

L'oubli...

SERGEAC

Je sais combien ta aimais Michel. Je respecte et je comprends ton aversion. Mais je t'aiderai à ne plus souffrir et à ne plus me détester. Tu verras. Tout ce qui me reste à vivre, je remploierai à te faire une existence plus douce encore, plus heureuse. Je guetterai tes moindres désirs. Tu seras exaucée avant d'avoir eu le temps de souhaiter. J'ai tant, tant, à me faire pardonner !

J'ai décidé...

SERGEAC

Ne médis pas ce que tu as pu décider depuis hier. Cène peut être qu'une chose cruelle. Ne me la dis pas. Attends un mois, ou deux semaines ou quelques jours même.

Cependant...

Non... non... Fais un effort pour accepter de te distraire. Nos occupations d'hier, reprenons-les Assieds-toi. Contrains-toi à t'intéresser à ce qui nous passionnait. Sans t'y intéresser, si c'est impossible, laisse-moi t'en parler. A moi aussi, il faut pour cela un effort. Je le tente, je le réalise. Imite-moi.

J'ai à vous dire... J'ai à te dire...

SERGEAC

Plus tard, plus tard... Tiens, j'ai fait apporter ici les statuettes que nous avons achetées à Gènos et que tu n'as pas eu le temps d'examiner. Tes fiches et les carnets et tes livres sont là, à leur place habituelle... Voici ton carnet de notes .. [Il prend une statuette.) Celle-là... tu ne l'as pas bien regardée... Elle est belle... Admires-tu, comme moi, la douceur, le calme de cette attitude, de ce visage?... Dis... {Un silence.) Qu'est-ce que tu as?

SLMONE, essayant de se reprendre.

Rien... Oui, en etTet, elle est belle .. {Elle se cache la figure en disant.) Je ne peux pas... c'est trop!... Je ne peux pas. {Un silence. Avec un nouvel effort.) T[i vois, je ne peux pas... [Réussissant à se dominer.) Je te demande pardon... 'Le souvenir de ce qui s'est passé hier est encore trop vif... Plus tard... 1 out à l'heure... Je te le promets... J'essaierai... Tout à l'heure... Je vais revenir... Si! Si!... Et puis, j'ai quelque chose à te dire .. Non .. pas maintenant... Mais tout à l'heure... {Apercevant le domestique qui apporte une carte.) Tiens, justement, voici qu'on vient t'annoncer quelqu'un... Je t'en prie. . {En sortant.) Je ne peux pas! {Ellesort. Sergeac apris la carte, machinalement, sans la rcgard^.r. Il marche en réfléchissant. Il oublie le domestique, le voit, se rappelle, regarde la carte et fait signe qu il veut bien recevoir la personne annoncée. Après un moment, entre Michel.)

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