ACTE PREMIER
DUGAST, dorant la table.
... Un poisson dont la chair constituait un aliment utile et des plus hygiéniques, si j*ose m'exprimer ainsi. Cependant, personne n'en mangeait avec plaisir. Pourquoi? Parce qu'on ne savait pas le faire cuire. Un jour, un cuisinier émérite inventa une sauce pour raccommoder. Cette sauce était délicieuse et la sauce fit passer le poisson, et depuis tous ceux qui en mangèrent s'en léchèrent les doigts.
PIERRE, 86 levant.
Qu'est-ce que vous me chantez, docteur ?
DUGAST.
C'est un apologue, mon cher, et je vous engage à le méditer. Croyez-moi, ne négligez pas les accommodements, les condiments et les sauces. Et soyez bien convaincu que pour être heureux en ménage mieux vaut de la sauce sans poisson que du poisson sans sauce.
Madame de Chaurières rentre.
PIERRE, allant et Tenant.
Halte-là ! Je vous entends enfin. Vous avez, je le vois, des théories qui ne sont pas les mieqnes. Vous voulez introduire la passion dans le mariage. Je crois, moi, qu'elle y serait funeste. Jamais on ne me fera croire qu'on doive en aucun cas traiter sa femme comme une maîtresse. On doit l'aimer pour soi et non pour elle. Si d'aventure elle devient nerveuse, curieuse, on doit se garder de donner une forme précise à ses rêves indistincts. Et si le mal persiste et s'aggrave, eh bien, vous êtes là, docteur, pour ordonner les remèdes nécessaires.
DUGAST.
Je viens de prescrire à madame de Stampes ceux qui me paraissent convenir à son état, mais j'avais cru devoir ajouter pour vous quelques avis.
PIERRE
Permettez -moi de suivre vos ordonnances et de ne pas suivre vos conseils.
DUGAST.
Prenez que je n'ai rien dit.
Ainsi ferai-je.
DUGAST.
Au revoir, mon cher comte !
PIERRE
Je VOUS salue.
DUGAST, à madame de Chauvières qui Tient de rentrer.
Baronne! (a mi-roix.) Eh bien 1 je m*en étais douté : il ne sait pas jouer du violon.