‹ Simone: pièce en trois actesChapitre 29 sur 92 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ROSE

Il les a comblées, dépassées.

Qu'est-ce que tu dis ? C'est impossible.

ROSE

Voyons, Simone, tu plaisantes.

Ah ! je te jure que, quand je parle mariage, je n'en ai pas la moindre envie.

ROSE

Alors, explique-toi. Tout, depuis que je suis entrée ici, me stupéfie. Ton accueil, les regards de pitié que m'ont jetés tes amies, tes paroles énigmatiques... Je devine une souffrance inconnue... Que t'est-il donc arrivé à toi?

Je vais te le dire. Tu n'as pas oublié le couvent? Dans les dernières années, le mariage était l'objet de toutes nos conversations. Tu te rappelles l'idée que nous nous en Cotisions ?

ROSE

Très bien 1

Sans savoir au juste en quoi consistait la tendresse conjugale, nous l'imaginions pleine d'exquises délices. Faisant un étrange amalgame des souvenirs de nos lectures, de certains mots surpris dans nos familles, de nos affections personnelles, il nous semblait que ce dût être quelque chose de doux et de caressant comme nos amitiés de jeunes ûUes, avec je ne sais quoi de fort et de protecteur. Le mari

pour nous, c'était Tidéal, le prince Charmant, le phénix... N'était-ce pas là tes idées ?

ROSE

Oui.

C'était aussi les miennes. Je me suis manée! Ah! Rosette ! Quelle désillusion ! de quelles hauteurs je suis tombée ! et dans quels bas-fonds ! Quoi ! Le mariage, c'était cela, c'était cette chose brutale et vulgaire où l'homme vous apparaît dans une frénésie de bête avec l'air d'éprouver on ne sait quelle sensation violente qu'on a l'énervement de ne point partager et qui ne vous laisse que lassitude et dégoût.

ROSE

Pauvre Simone!

J'ai cru d'abord à une calamité spéciale, à une malchance exceptionnelle. J'ai donc fait des confidences, interrogé des amies, celles que tu viens de voir : madame de Naules, madame Dilmer, d'autres encore. Je ne te parle pas de la princesse : celle-là, son siège est fait depuis longtemps... Toutes, entends-tu, toutes m'ont répondu qu'elles avaient été déçues, ainsi que moi, et que ce qu'on nommait si justement le devoir conjugal était, comme tous les devoirs, quelque chose de fort maussade, ou, pour mieux dire, une abominable corvée.

ROSE

Et tu as conclu de ces réponses?

J'en ai conclu que c'était là une règle générale, absolue; que l'amour élait une belle chimère dont la jeune ÛUe se

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