ACTE PREMIER
leurrait, et qui; lorsque la femme essayait de la réaliser, prenait un aspect des plus rebutants. Voilà quelle a été ma pensée, pensée fort désolante, puisqu'elle me montrait le néant de mes aspirations et Tinutilité de mes espérances. Si je t'en crois, je me serais donc trompée ?
ROSE
Du tout au tout. Ton malheur n'est pas rare, il est même fréquent, à œ que m'a dit Lucien. Mais la règle n'est pas absolue, elle souffre des exceptions.
Et tu es une de ces exceptions fortunées? L'amour existe ?
ROSE
Tel que nous l'imaginions et cent fois plus aimable encore. \
Ainsi, ton mari n'est pas seulement un artiste admirable?
ROSE
Non ! ou plutôt si, il n'est que cela, un artiste en tout. Quand il a trouvé un motif, il sait le transformer, le faire chanter à tous les instruments, en modifier le rythme et la sonorité... Il en est de môme du baiser; Lucien en connaît toutes les variétés, toutes les nuances. Notre lune de miel a été orchestrée par lui comme une symphonie. C'est un artiste, ma chérie, un grand artiste, en amour comme en musique.
Si je m'attendais à des révélations semblables !
ROSE
Elles doivent te réjouir en te prouvant qu'il ne faut pas désespérer.
Oh ! moi, mon sort est réglé, mon mari n'est pas un artiste. Tu es bien tombée, j'en suis ravie; moi, je suis mal tombée. Mon mari n'est pas un artiste !
ROSE
Il en deviendra un peut-être... pourquoi pas? C'est peutêtre ta faute, après tout. Si tu veux, je te donnerai des conseils.
J'ai bien peur qu'ils ne soient inutiles.
ROSE
On dirait qu'on parlemente dans l'antichambre. C'est Lucien, sans doute, qui s'informe si je suis là.
Ah I je suis curieuse de le connaître.
ROSE
C'est lui.