‹ Simone: pièce en trois actesChapitre 41 sur 92 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LUCIEN

Eh! le puis-je? Puis-je ne pas penser à la femme de qui les déceptions, les désillusions, les désirs et les tortures, en partie révélés par une confidente indiscrète, en partie devinés par ses paroles, ses soupirs, ses réticences même, m'ont inspiré mon drame tel que je Tai exécuté, et ces mélodies qui, de votre propre aveu, traduisent si exactement les déchirements de votre âme.

. SIMONE, virement.

Je n'ai pas dit cela.

LUCIEN

Vous me l'avez laissé entendre. Et puis-je, quand je vous vois si pleine d'un charme si troublant, si vibrante et par conséquent, si aisément initiable à toutes les joies, puis-je ne pas songer que vous appartenez à un homme qui ne vous comprend pas, et ne vous comprendra jamais? Et puis-je ne pas me dire qu'un jour, un autre se présentera, pareil à mon héros, passionné, subtil, caressant... Il vous aimera, puisqu'il vous aura vue et que l'on ne peut vous voir sans vous aimer... Et comme il sera digne d'être aimé par vous, digne de vous enseigner les mots qui troublent jusqu'à l'âme et les baisers dont on frissonne jusqu'aux moelles, vous ne lui résisterez pas.

Monsieur I

LUCIEN, avec chaleur.

Non, madame, non, Simone, vous ne lui résisterez pas, et vous aurez raison de vous abandonner à lui, parce que là sera votre vengeance et l'initiation à laquelle vous avez droit.

Ah! par pitié, par pitié, taisez-vous.

LUCIEN, la saisissanl.

Ah I vous voyez bien que je ne me trompe pas. Vous subissez bien les souffrances que j'ai dépeintes, et vous savez quelle est ma tendresse pour vous.

Eh bien, oui, je souffre cruellement d'appartenir à un maître inintelligent et brutal. Et faut-il vous en dire davantage, depuis que je vous connais, j'ai compris que je ne vous étais pas indifférente, et je ne suis pas éloignée de partager la sympathie que vous ressentez pour moi.

LUCIEN

Il l'attire doucement à lui.

SIMONE, se déballant.

Que faites- vous?

LUCIEN, d*un ton suppliant ot la tenunt embraNgéc.

Oh! ne me repoussez pas. Laissez- moi vous presser doucement sur mon cœur; laissez-moi m'enivrer du parfum de votre chevelure!

De grâce, songez où nous sommes. A tout instant, les portes peuvent s'ouvrir... On peut nous surprendre...

LUCIEN, la lâchant, d'un air égaré.

Oui... vous avez raison.

Tenez... on vient.

UN DOMESTIQUE, annonçant.

Madame Mauryas.

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