‹ Simone: pièce en trois actesChapitre 40 sur 92 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

en amie, c'était aussi en admiratrice passionnée. J'ai rarement vu quelque chose de plus saisissant... de plus empoignant. J'avais un peu peur, je le confesse, de ce sujet mythologique, et je me demandais comment vous pourriez en tirer quelque chose de neuf.

LUCIEN

C'avait été ma crainte, à moi aussi, lorsque Ramel, mon collaborateur, m'avait apporté son poème. Mais je lui ai demandé des modifications et je crois que nous avons fini par trouver quelque chose d'intéressant.

Certes! c'est très curieux cette modernisation de la légende d'Ariane.,, cette idée de faire de Thésée un égoïste, un brutal, qui a violenté et meurtri la ûlle de Minos... en sorte qu'après son départ Ariane saigne et pleure, bien moins de son abandon que de la férocité de l'homme. Puis Bacchus arrive, le dieu beau comme une femme, incarnant la tendresse délicate et railinée, le révélateur de l'amour vrai, qu'Ariane n'a pas connu avant lui. Comme il y a là une analyse exacte et subtile et comme vous avez su rendre ces nuances exquises du sentiment et de la sensation 1 C'est vous qui avez eu cette idée-là?

LUCIEN

Cette idée-là est de moi, en effet.

Je l'ai bien pensé.

LUCIEN

Pourquoi?

Il faut être expert comme vous en psychologie féminine pour trouver ça.

LUCIEN

Je n'ai pas eu grand mérite à le trouver. Je n'ai eu qu'à regarder autour de moi. N'est-ce pas là le secret de bien des alcôves, la souffrance de bien des femmes?

Vous croyez?

LUCIEN

J'en suis sûr. Et vous le savez bien aussi.

Moi?

LUCIEN

La preuve, c'est que vous avez été de celles qui ont compris Ariane. Oui, vous le savez, vous ne le savez que trop.

Que voulez-vous dire?

Pensez-vous que Rose ne m'ait rien répété de vos confidences? Pensez- vous que je n'aie pas deviné la cause de votre nervosité?

SIMONE, d'une voix altérée.

Toute femme a ses douleurs secrètes. Mais le devoir de l'amie à qui elle les a confiées est de n'en rien révéler. Rose a eu tort, si elle vous a dit... quoi que ce soit. Et, ce qu'elle vous a dit, c'est votre devoir à vous de l'oublier.

LUCIEN, se levant.

Cela n'est pas en mon pouvoir. Oublier ou se souvenir ne dépend pas de notre volonté.

SIMONE. Elle passe.

Efforcez-vous, du moins, de ne plus y penser.

Page 1