‹ Simone: pièce en trois actesChapitre 47 sur 92 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

différents, c'est du feu, Simone. Je n'ai pas peur que tu cherches, de propos délibéré, à me prendre le cœur de Lucien, mais s'il se donne à toi, sans que tu le veuilles, sans que tu aies rien fait pour t'en emparer, cela, pour moi, ne reviendra-t-il pas au même, et mon malheur ne sera-t-il pas identique ?

SIMONE, avec haateur.

Est-ce que tu me fais l'honneur d'être jalouse de moi?

ROSE

Sî j'étais jalouse de toi aurais tu le droit de t'en formaliser?.. Ne serait-ce pas un hommage rendu à ta beauté, à ton esprit, à toutes les séductions? Mais je ne suis pas jalouse, je le suis si peu, que je vais te demander un service : celui de marquer à Lucien un peu de froideur, de le tenir à distance, et, s'il se présente seul ici, de ne pas le recevoir. Me le promets-tu ?

Avoue qu'une telle promesse serait bien imprudente !

ROSE

Pourquoi ?

Parce qu'il me serait difficile de n'y pas manquer.

ROSE

En vérité?

Sans doute. Ce que tu me demandes est le signe d'une méfiance que je trouverais injurieuse, si ton affection pour ton mari et le désir de conserver un trop rare bonheur ne te servaient d'excuse à mes yeux. Je ne puis empêcher M. Mauryas d'avoir de la sympathie pour moi, et

de se plaire en ma compagnie. Il n'y a pas à s'étonner qu'un homme comme lui aime à s'entretenir avec une femme qui n'est point tout à fait sotte, lorsqu'il s'en rencontre tant qui ne sont que des enfants assez niaises. Mais je ne puis tolérer que tu supposes chez moi l'ombre d'une arrière- pensée, incompatible avec la femme que je suis. Cela étant, comment veux-tu que je réponde à des marques d'estime et d'affection par une attitude froide et même hostile ? Et comment peux- tu me demander de consigner M. Mauryas à ma porte et de prendre à son égard les mesures discx)ur toises qu'on réserve aux importuns et aux fâcheux ?

ROSE

Cependant...

Allons, brisons la... c'est de Tenfantillage !

ROSE, à part.

Elle aussi !

En y réfléchissant, tu le reconnaîtras loi-même.

ROSE

C'est possible. Mais, encore une fois, je ne t'accuse pas, je ne t'accuse de rien. Seulement, je constate que tu plais beaucoup à Lucien et que ton charme trop réel l'attire sans cesse. Tu refuses de m'aider à le retenir près de moi? Soit. Si jamais votre amitié me paraît prendre une tournure inquiétante, si mon bonheur me semble compromis, je me charge de le défendre.

SIMONE, ironique.

Oh ! des menaces !

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