ACTE DEUXIÈME
que vous m'aimez. Permettez-moi de laisser déborder ma joie, la joie qui inonde mon cœur. Car tu m'aimes, et je suis digne d'être aimé. Je te l'avais bien dit qu'on m'avait calomnié. Rue d'Anjou, oui, c'est vrai. Mais ne croyez pas que j'y cache une liaison avec quelque femme galante ou avec qui que ce soit. Je vous aime, Simone, et je n'aime que vous. Je vous aime comme jamais homme n'a aimé et avec une telle intensité de passion que, pardonnez-moi ma folie, c'est en pensant à vous, que dis-je? c'est pour vous que j'avais cherché <;ette retraite, pas assez mystérieuse, hélas!
Pour moi?
LUCIEN
Oui ! Je me suis dit (me pardonnerez-vous) que grâce à la magnétique puissance de l'amour, grâce aussi à vos malheurs, à vos souffrances, j'arriverais peut-être un jour à vous faire partager ma passion. J'ai donc fait de cette demeure un nid coquet, une sorte de sanctuaire où vous seule êtes attendue. Jamais une autre femme n'en a franchi le
seuil ; jamais une autre ne le franchira. Ce lieu est plein de votre image. J'y ai mis toutes les reliques de ma tendresse, comme un enfant: la fleur tombée de vos cheveux, des billets sans importance, mais imprégnés de votre odeur. Lorsque je suis las de la vie, de sa monotonie et de sa platitude, c'est là que je me réfugie, je m'y baigne dans votre souvenir, et je me dis que, dans longtemps, dans bien longtemps, à une époque que je n'ose présager, même vaguement, vous viendrez dans ces lieux tout pleins de vous, où je vous évoque sans cesse, afin d'y rendre votre présence un jour nécessaire... Je me berce dans ces illusions, dans ces rêves, prêtre d'un temple désert qui attend sa divinité. Voilà la vérité, Simone, la voilà stricte et entière. Punissez-moi, si elle vous offense !
SIMONE, très émoe, presqae haletante.
NonI elle ne m'dfifense pas!
LUCIEN, la saiflIsMnt.
Tu m*aimes donc?
£h bien, oui, je t'aime, (iis s'embrassent sur la bouche). Fiiûssez!... finissez, je meurs.
LUCIEN, la lâchant.
Sortons d'ici, la tête me tourne. J'ai besoin d*air. Tenez, allons cbez la princesse. Vous m'accompagnerez.
LUCIEN
Certes! (a part.) Enfin!
Voulez-vous sonner, je vous prie? (u obéit. Entre juUe.) Donnez-moi ce manteau et ce chapeau*
JULIE
Madame ne dîne pas ici?
SIMONE, 8*arrangeant.
Non!
JULIE
Faut-il dire qu'on attelle?
LUCIEN
J'ai une voiture,
Alors, c'est inutile. Je n'ai plus besoin de vous, Julie ;