ACTE DEUXIÈME
Vous voilà bien embarrassé.
LUCIEN
Mais certainement.
A d'autres ! Vous irez au cercle.
Merci bien.
Ou... ailleurs.
Mais où?
LUCIEN
LUCIEN
Rue d'Anjou, par exemple.
LUCIEN
Rue d'Anjou ! qui vous a dit?
C'est donc vrai? Qui m'a dit cela? qu'importe, du moment que je le sais !
LUCIEN
Ah ! L'on m'a calomnié, sans doute I
Calomnié? En quoi calomnié? On m'a dit que vous aviez rue d'Anjou un logement ignoré de Rose et l'on en a conclu que vous étiez fatigué de la vie conjugale et que vous cherchiez des distractions au dehors. Voilà ce qu'on m'a dit et c'est ce que pensera et dira tout le monde. Moi, cependant, j'ai peutêtre le droit de penser et de dîro autre chose, de penser et
de dire que les hommes ne valent rien ; que ceux-là môme vers qui Ton se seot le plus attirée ne valent pas mieux que les autres; et que ceux qui ne sont pas brutaux et bornés sont hypocrites et faux ; j'ai le droit de dire que je m'étais abusée sur votre compte, que vos paroles étaient trompeuses, vos exaltations feintes, vos étreintes calculées, puisque, quand vous me juriez une tendresse profonde, vous sortiez peutêtre du logis clandestin où vous dissimulez je ne sais quelle liaison facile... Ainsi, tout me manque à la fois! La famille?... La seule parente qui me reste, l'excellente femme qui m'a élevée, est loin d'ici... Mes amies?... l'une se fait un jeu de me torturer, l'autre me soupçonne et m'outrage. Mon mari... n'en parlons pas de celui-là! Vous, enfin... vous à l'aSection de qui j'ajoutais foi, vous en la tendresse de qui j espérais trouver une compensation aux amertumes de ma vie, vous en aimez une autre I et qui, grand Dieu! Tout m'abandonne, je ne puis compter sur personne... Ah! c'est aCfreux! c'est affreux! je suis la plus malheureuse des femmes I
Elle éclate en sanglots et tombe dans un fauteuil en proie à une sorte de crise
de nerfs.
LUCIEN s« prècipiUnt Ters elle.
Simone! Simone! Chère créature adorée!
Laissez-moi!
LUCIEN
Vous pleurez! tu pleures!
Laissez-moi... Qu'osez-vous me dire?
LUCIEN
Oh ! permettez-moi de bénir ces larmes qui me prouvent