ACTE TROISIÈME
demandé de lui montrer ce que j'avais fait. Je lui ai répondu : a plus tard ». Elle n'a pas insisté. Mais elle avait l'air profondément attristé,
Vous pensez qu'elle a des soupçons?
LUCIBN.
Je ne sais. Ah ! Simone... Nous avons été bien imprudents.
Le regrettez-vous?
LU Ci EN, virement.
Non! car nous avons été bien heureux!... (Avec môiancoue.) Ces huit jours passés dans un pays où personne ne nous connaissait, à deux pas l'un de l'autre, vous dans une petite maison enfouie au milieu des feuilles, moi à l'auberge, nous voyant chaque jour, et tout le jour... il me semble que c'a été un rêve... c'en a été un en effet. Voici le réveil. (NaiareUemant.) Il va uous falloir user de mille précautions.
Des précautions? Tromper... mentir...? Ah non! cela m'écœure. Je ne puis me faire à cette idée ni à une autre, plus écœurante encore.
LUCIEN
Laquelle?
Celle du partage. Avez-vous songé à cela? Mon mari va venir. Il va reprendre possession de moi, faire valoir ses droits sur moi, m'imposer de hideux devoirs... Est-ce que vous pourrez supporter cela d'un cœur tranquille?
Non, sans doute, et cette seule pensée est pour moi une horrible souffrance... mais le moyen d'éviter?...
11 y en a un : la fuite !
LUCIEN
La fuite
Oui ! Repartons sur l'heure, et pour toujours, cette fois !
LUCIEN
Y songez-vous?
Certainement, j'y songe. Je ne songe même qu'à cela depuis que j'ai su la nouvelle. C'est une idée qui m'est venue immédiatement, qui s'est présentée à mon esprit comme notre seule ressource. Vous m'aimez, je vous aime; vous n'aimez plus votre femme, je n'ai jamais aimé mon mari. Pour vous soustraire aux plaintives sollicitations de l'une, pour me soustraire aux brutales exigences de l'autre, nous n'avons qu'un parti à prendre, nous en aller. Cela tranche tout, coupe court à tout. C'est le parti le plus simple, le meilleur, le seul, encore une fois, qui soit digne de vous et de moi. Je ne suppose pas que vous puissiez avoir là-dessus une autre opinion que la mienne?
LUCIEN
Assurément non. C'est un parti héroïque et radical. Mais de telles déterminations sont si graves que, ce me semble, avant de les exécuter, il faut y réfléchir mûrement.
Réfléchir ? Mais je ne le peux pas ! Je ne le veux pas I