‹ Simone: pièce en trois actesChapitre 69 sur 92 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Ne vous ai-je pas dit qu'il revenait aujourd'hui? D sera ici dans quelques heures, dans quelques instants peut-être! Je ne veux pas le revoir, je ne veux pas lui parler... Que lui dirais-je ? Non, non, partons, et sur-le-champ.

LUCIEN

Cependant...

SI M ONE y fronçant les sourcils.

Une objection, encore...

LUCIEN

Ne faut-il pas tout prévoir? Comment votre mari prendra-t-il votre fuite? Que fera- t-il ?

Que nous importe I

LUCIEN

Enfin, s'il nous poursuit !

SIMONE, arec une nuance de mépris.

Rassurez-vous I M. de Stampes a trop de fierté, trop de vanité, si vous aimez mieux, pour se lancer à la poursuite d'une femme qui l'aura quitté. D'ailleurs, je ne pense pas qu'il vous fasse peur.

LUCIEN, sans conyiction.

Non, certes; ce que j'en disais, c'était pour vous.

Je n'ai aucune crainte... Par conséquent... (un silence.) Eh bien ! j'attends.

LUCIEN

Quoi ?

SIMONE; avec ua commencement d'irritation*

Votre réponse!

LUCIEN

Simone, je vous en conjure, gardez-vous d'agir avec trop de précipitation. En ce moment, en pleine crise, surexcitée par la brusque annonce du retour de M. de Stampes, vous ne tenez compte de rien, aucune considération ne vous arrête, vous êtes résolue à tout abandonner, à rompre violemment en visière à tous les préjugés, à toutes les conventions sociales. Mais qui sait si demain, dans huit jours, dans un mois, dans un an, aux prises peut-être avec les difficultés de la vie matérielle, comparant votre situation nouvelle à Tancienne, vous ne le regretterez pas Paris, le monde, le rang que vous occupiez, qui sait si vous ne vous repentirez pas...

SI MON K, violemment.

Je ne me repens jamais ! Mais vous, qui est-ce qui vous retient? Ce n'est pas Rose, je présume? (Geste de dénégation de Lucien.) Alors, quoi ? L'opinion? Le qu'en-dira-t-on ? Nous sommes, vous et moi, de taille à braver les sots commentaires du monde. D'ailleurs, à Paris, les scandales vont vite. On parlera huit jours de notre fuite et puis il n'en sera plus question. Quant aux difficultés de la vie, c'est une plaisanterie. Elles n'existeront nulle part, ni pour moi, grâce à ma fortune personnelle, ni pour vous, grâce à votre renommée et à votre talent. Vous n'avez donc rien à m'opposer de sérieux. En vérité, je vous trouve bien hésitant ! On dirait que vous cherchez à me faire renoncer de moimême à mon projet, pour ne pas être obligé de me déclai-er nettement que vous ne voulez pas vous y associer. Quoi! il n'y a pas vingt-quatre heures, agenouillé devant moi, entre deux baisers, vous me juriez une éternelle tendresse.

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