‹ Simone: pièce en trois actesChapitre 89 sur 92 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

PIERRE, stupéfait.

Pourquoi! Ah çà, qu'est-ce que tu as?... (sa rapprochant d'elle.) Voyons, ma petite femme...

SIMONE, TiuIemmcDt .

Mais VOUS ne voyez donc pas que vous m'exaspérez avec vos airs badins ? Je vous ai demandé de me laisser tranquille... encore quelques instants... Ah! vous m'arrivez avec des velléités galantes? Faudra-t-il donc, pour y couper court, vous apprendre la vérité ? Quand vous la connaîtrez, vous vous éloignerez de moi, Dieu merci ! car vous jugerez, suivant vos idées et pour parler votre langage, que je ne suis plus digne de vous.

PIERRE

Plus digne de moi ? Je ne te comprends pas.

Ah ! non, vous ne me comprenez pas ! Vous n'avez jamais rien compris, rien, pas même la tâche, pourtant facile, dont vous vous chargiez en m'épousant. Vous étiez mon mari, monsieur. Il vous appartenait de réaliser bien des rêves ! C'était votre devoir de me prendre doucement par la main et de m'initier aux amoureuses joies. Vous vous en êtes bien gardé! Imbu de principes implacables, et possédé de craintes absurdes et offensantes pour moi, vous m'avez maintenue dans une ignorance stupide. Vous ne m'avez rien révélé que votre force et votre violence, presque bestiale. Vous n'avez jamais songé qu'à votre propre satisfaction, si bien que j'étais arrivée à croire que, dans le mariage, dans l'amour, la femme était nécessairement sacrifiée et que toute la félicité était pour l'homme. Tant que cette illusion a duré, j'acceptais avec résignation un rôle que je croyais ne pas pouvoir changer, et je vous supportais. Mais aujourd'hui, il n'en est

plus de même. La vérité m'est connue. Ce que j'ignorais, je Tai appris. Je sais toute la quantité de rêve, de bonheur, de paradis réalisable ici-bas. Un homme est venu à moi...

PIERRE

Un homme! Tu es folle I

SIMONE, ensommeillée.

Non, je ne suis pas folle : un homme, vous dis-je!... Ah! bien différent de vous, celui-là! L'initiateur que je n'espérais plus! Il est venu avec une tendresse enveloppante et qui m'a prise tout entière, il connaît toutes les caresses et m'a causé tous les frissons. Il a fait vibrer en moi toutes les fibres de mon être, qui, avec vous, restaient inertes. II m'a donné des baisers, ah! des baisers inoubliables. Maintenant, c'est fini ! Mais ce sont là des souvenirs que je ne puis arracher de mon cœur. Et, parce que j'ai été désabusée, parce que je sais enfln tout ce que vous m'aviez caché, au lieu de m'étre indifférent, vous m'êtes odieux. Je ne peux plus vous subir et je ne vous subirai plus. J'aime mieux dormir.

En disant ces derniers mots, elle s'est assise près d'une table et s'accoude, soutenant sa tête d'une main, dans l'attitude d'une personne qui s'endort.

PIERRE, allant à elle.

Tu as un amant?

J'ai eu un amant.

Son nom? (sue ne répond pas^ il la saisit, la force à se lever.) SoU

nom?

SIMONE, debout, chancelante.

Vous pensez bien que je ne vous le dirai pas.

Page 1