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Simple conjecture sur les origines paternelles de François Villon

Ce n'est qu'après bien des hésitations que j'abandonne ces notes à la publicité. Mais quand une hypothèse est donnée avec toutes les réserves que commande la prudence, il me semble que la critique n'a rien à y redire, surtout s'il y a, comme on dit au palais, commencement de preuve.

Le livre récent de M. G. Paris (i) a de nouveau appelé l'attention sur Villon ; mais il n'a guère ajouté aux recherches de M. Longnon (2) touchant les origines obscures du pauvre hère, vagabond et voleur, grand poète d'ailleurs, et presque le seul d'un âge prosaïque.

L'explication que je vais proposer ne résoudra pas, il s'en faut, la question : ce n'est qu'une très modeste

(1) François Villon. Paris. 1901.

(2) Etude biographique sur Fr. Villon. Paris, 1877. — M. Longnon a publié depuis un article sur Villon dans la Romania (21e année, pp. 265 à 270), et une notice biographique en tête de son excellente édition des œuvres du poète (Paris, 1892, in-80). Mais, en ce qui touche aux origines de Villon, ces deux études n'ajoutent rien de nouveau à celle que nous citons ici.

conjecture, dont je n'exagère pas la valeur. II suffit qu'elle ait de la vraisemblance pour n'être pas négligée ; et, peut-être, mettra-t-elle sur la voie de découvertes plus décisives que les miennes.

Ce qu'on sait jusque-là se réduit à peu près à ceci: ,0 François Villon est né à Paris « emprès Pontoise ,>. 2« Ses parents étaient de petites gens, sa mère absolument illettrée. — 3'^ Villon n'est pas son nom : il l'adopta probablement par reconnaissance envers Guillaume Villon, qui avait protégé sa besoigneuse jeunesse. — 40 Dans une lettre de rémission de janvier 1456 (n. st.), il est appelé « François des Loges, autrement dit de Villon». — 5° Mais son nom véritable paraît être <^ François de Montcorbier ». « Des Loges » est une sorte d'appellation supplémentaire, que son père a du lui laisser avec son nom patronymique (1).

D'où vient au poète ce nom de Montcorbier, d'allure assez aristocratique ?

M. Longnon a trouvé au hameau de la Rue-Neuve entre les communes de Céron (2) et du Bouchaud 0)' sur les hmites de la Bourgogne et du Bourbonnais,' 1 ancien fief de Montcorbier, où on voit encore les derniers vestiges d'une motte féodale (4). D'autres

(1) Voy. Longnon, ouvr. cité, p. lo et suiv.

(2) Canton de Marcigny (Saônc-et-Loire). Toutes les lc>cal.tes c.tees dans cet article, quoique apparten nt à tro départements, sont confinées dans une étroite région, ou n'a guère plus de 20 lulomètres dans sa plus grand ' éteX.

IJ) (>anton du Donjon (Allier).

(4) Longnon, p. 28.

pensent que Montcorbier a pu être aux Pelletiers (i) ; mais ce point n'a pas d'importance, car la Rue- Neuve et les Pelletiers sont dans le même pays. Tout près de là encore, dans la paroisse du Bouchaud, à 3oo mètres au nord des Pelletiers, était le château des Ponters ou des Pontères, démoli seulement vers i85o. (2)

En 143 1, à l'époque même où naissait François de Montcorbier, dit des Loges, surnommé Villon, le fief de Montcorbier et le château des Ponters appartenaient à une branche, — probablement la branche aînée, — de la noble maison de Montcorbier. M. Longnon, considérant la très humble condition du poète, hésite à le rattacher à une famille de noblesse authentique ; il lui semble plus sage de croire simplement que le premier de ses ancêtres qui porta le nom de Montcorbier était natif de ce canton reculé (3).

J'irai, pour mon compte, un peu plus loin. Mais il importe auparavant de bien établir la situation des Montcorbier qui possédaient, dans la première moitié du XV^^ siècle, les seigneuries de Montcorbier et des Ponters.

J'y suis aidé par divers documents conservés aux archives du château de Châteaumorand (4), et en

(i) G. E. Aubert de la Faige et R. de la Bouteresse, Les Fiefs du Bourbonnais. Arrondissement de la Palisse, Paris, 1896, p. 572 et 573.

(2) Même ouvr., p. 571.

(3) Longnon, p. 29.

(4) Commune de Saint-Martin-d'Estreaux, canton de la Pacaudière (Loire).

particulier par le protocole de Jean Joly, notaire au Donjon. Je me contente de citer quelques-uns des actes qui concernent les Montcorbier. Le 27 décembre 1427, « noble damoyselle Agnette de Pierrepont, voyve de feu Girard de Montcorbier, jadiz escuier », passe quittance à Michel Gerbaut, curé de Sal vO, et à Hugues Gouthaudier, curé de Chenay {2). — Le 5 mai 1429, « Agnete de Pierrepont, voyve de feu Girart de Montcorbier, jadiz escuier, tant en son nom, comme tuteresse naturelle et légitime de Girart de Montcorbier, son tilz et dud. feu Girart de Montcorbier », intrage à Jean Bon un mas et ténement en la paroisse de Sel (3). — Le 8 avril 1442, avant Pâques !i443, n. st.), la même Agnette de Pierrepont et Girard de Montcorbier, son fils, seigneurs de Montcorbier et des Ponters, font une convention avec Pierre Moignant, paroissien de Lenax (4) — Le 25 août 1447, noble Girard de Montcorbier, écuyer, seigneur des Ponters, intrage à Jean Jaillon un ténement dans la paroisse de Sel (5).

Il résulte clairement de ces titres que, de 1430 à 1430 environ, vivait un Girard de Montcorbier, fils d'un autre Girard et d'Agnette de Pierrepont, que

(i) Aujourd'hui Sail, ou Sail-les-Bains, canton de la Pacaudière (Loire).

(2) Chenay-le-Châtel, canton de Marcigny (Saône-et-Loire).

(3) Sel, pour Sa), ou Sail.

(4) Canton du Donjon (Allier).

(5) Je passe sous silence d'autres actes analogues. — Dans un acte du 19 août 1435, figure comme témoin Robert de Corbier, écuyer, qui pourrait bien être de la même famille.

Montcorbier et les Ponters étaient entre ses mains (i), et qu'il avait aussi des fonds à Sail.

Mais les Montcorbier, outre leurs terres de Sail» possédaient encore dans le Forez, à Saint-Martind'Estreaux, la petite seigneurie de Villars (2).

Le compte de la baronnie de Châteaumorand pour 1419-1421, porte, .en tête d'un des chapitres : « Autre recepte de deniers de l'an IIII<= XIX [1419] de la terre de Villars mouvant du fié de mondits., laquelle terre est en la main de mondits. l'an dessusd., pour deffault de ce que le sires dud. Villars a esté et est reffusant de faire son fié envers mondits., et autres choses et debvoir que led. sire est tenu de faire à mondits., et qu'il n'a point faites ». Je remarque en passant que « mondit seigneur » est l'illustre Jean de Châteaumorand, qui a joué sous le règne de Charles VI un rôle si considérable, et qu'on peut regarder comme l'auteur de la Chronique du bon duc Lors de Bourbon. Uu peu plus loin, une note du receveur nous apprend quel est ce sire de Villars, récalcitrant contre son suzerain féodal : « Des herbaiges de A'illars ne compte rien, pour ce que Madame (3) les délivra et donna à Phelippe de Mont"

II) Voy. aussi Béthencourt, A^o»25 /eoiaw.r, au mot « Montcorbier « — Un arrêt fut rendu au parlement de Paris, en 1448, sur une contestation entre Catherine de Lespinasse, et Agnès ou Agnette, veuve de Girard de Montcorbier, et mère d'autre Girard de Montcorbier (d'après un inventaire ms. des titres de la maison de Lespinasse, qui est en ma possession).

(2) Près de Châteaumorand, sur la limite du Forez et du Bourbonnais, à deux pas du grand chemin de Paris à Lyon.

(3) Marie de Frolois, femme de Jean de Châteaumorand.

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corbier, seigneur dud. Villars ». Dans le même registre, le receveur dit qu'il ne comptera rien de la recette de ^'illars pour 1420, parce que Mgr de Châteaumorand « en leva la main et donna joyssence à Phelippe de Montcorbier à troys ans, moyennant certaines convenances faites entre mondits. et Phelippe ». Il paraît que, le temps de ces co}ivenances écoule, on ne put se mettre définitivement d'accord, car, en 1423 et 1424, Jean de Châteaumorand saisit une seconde fois les revenus de Villars, et les fit lever par un de ses sergents.

Le compte de 1441-1442 contient cette rubrique: « Recepte de deniers appartenant à la terre de Villars, nouvellement par Monseigneur (i) acquise ». En effet, le protocole de Jean Miard (2) nous informe que, le 26 avril 1441, noble homme Jean Sachet, seigneur des Bouloys, avait vendu à Brémond de Lévis, seigneur de Châteaumorand, la terre, chevance et seigneurie de ^'illars, en la paroisse de Saint-Martin-d'Estreaux, consistant en « place et pye de maisons, ousches, boys, boyssons, prés, paquis, garennes, foussés, estangs..., par la forme et manière que tenir et pourter la souloyt en son vivant feu Philippe de Montcorbier (3), jadiz sire dud. Villars, et comme par le déceps et trespassement [duquel] led. lieu et chevance de Villars sont escheutes et advenues à feu Girart Sachet, père

(1) Brémond de Lévis, marié à Anne de Châteaumorand, fille et unique héritière de Jean de Châteaumorand.

(2) Aux archives de Châteaumorand.

(3) Il était mort avant le 27 décembre 1427, comme le prouve un acte, à cette date, dans le protocole de Joly.

dud. Jehan, pour raison et à cause de feu Alis de Guiardon (i), jadiz mère dud. Philippe [de Montcorbier] et tante dud. Girard [Sachet] ». Toutefois, Jean Sachet n'avait vendu à Brémond de Lévis que la plus grosse part de la seigneurie de MUars, celle qui venait de Philippe de Montcorbier et d'Alix de Guiardon, mère de celui-ci. Girard II de Montcorbier conservait encore quelques fonds de cette même terre de Villars, comme on le constate par les comptes de Châteaumorand, de 1448 à 145 1.

On ne peut douter que Philippe et les deux Girard de Montcorbier ne fussent très proches parents. Je suis porté à croire, sans en avoir la certitude, que Philippe et Girard I^'" étaient frères, tous les deux ûh d'Alix de Guiardon ; on explique ainsi très naturellement qu'ils aient pu se partager la seigneurie de Villars. Et comme un Jean de Montcorbier avait été nommé un peu avant, en i3go, capitaine de la ville et château de Crozet (2), à peu de distance de Villars, on peut raisonnablement supposer qu'il était le père de Philippe et de Girard PMe Montcorbier (3). Nous aurions alors la filiation qui suit :

I. Jean de Montcorbier, capitaine de Crozet en i Sqo, marié (hypothétiquement) à Alix de Guiardon ; d'où (hypothétiquement) deux fils :

(i) On peut lire aussi Givardon, ou Ginardon.

(2) La iMure, Hist. des ducs de Bourbon, l. II, p. 78, note i. — Crozet, canton de la Pacaudière (Loire).

(3) Les Noms féodaux donnent d'ailleurs formellement un Jean de Montcorbier pour père à Girard ; mais comme il pourrait être différent du châtelain de Crozet, il y a lieu de faire prudemment quelques réserves.

II. I® Philippe de Monicorbier, seigneur de Villars, mort au plus tard en 1427.

2° Girard I" de Montcorbier, seigneur de Montcorbier, des Ponters, de fonds détachés de Villars et de terres à Sail, mort aussi au plus tard en 1427, après avoir été marié à Agnette de Pierrepont ; d'où !

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