‹ Simple histoire, comedievaudeville en un acte (volume 2)Chapitre 8 sur 19 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Miss MILNER, lord ELMVOOD.

ELMYOOD. /

Ah! vous voici» miss Milner le ciel en soit loué...„

' snss lUILNKR.

El poiir(juoi donc, Monsieur?... {à part) Allons, du courage c*l de U fermeté

J'avais entendu de mon cabinet le bruit d’une voilure,., et je craignais que ce ne lïit la vôtre.....; pardon d’avoir

pu vous’ soupçonner Je vois votre toilette que vous

n’avez pas môme eu l’idée de me désobéir...., je vous en remercie, miss Milner; car c*eût été une offense que je

n’aurais jamais pardonnée : et si vous saviez combien

je suis inalbeurcux quand il faut me fâcher contre vous.., combien il m'en coûte de vous traiter avec sévérité.

MISS MILNER

"Vous, Monsieur !

ELMVOOD.

C’est ce qui m’est arrivé aujourd’hui , et je me le reprochais déjà ; mais depuis que j’ai vu votre douceur, votre soumission , il me semble que nous avons changé de rôle , et que c’est moi qui suis coupable.

MISS MILNER

Que dites-vous ?

ELMVOOD.

J'ai dû, ce matin , vous paraître un tyran bien injuste , qui , saiu égard pour vos goûts et pour votre jeunesse , se plaisait à vous imposer des privations , à vous interdire des amusemens si naturels à votre âge; mais daignez m'écouter maintenant, et permettez-moi de me justifier à vos yeux.

^ • MISS MILNER , à part.

O ciel! voilà à quoi je ne m'attendais pas. (Jlaut)

Vous, Milord! vous justifier auprès de moi!

Oui , votre réputation est un bien qui m’a été confié et

dont je suis responsabte; c'est la plus belle dot que je puisse offrir à celui que vous choisirez...., et je veux qu’eUe lui soit remise co|uine vos autres richesses, pure et intacte.

Air : T'en sout>iens-lu .

Voilà pourquoi me montrant si sévère ,

J’ai, ce malin , dérangé vos plaisirs ; «

Mol cependant qui, d’ordinaire ,

Vole au devait de vos désirs.

Jugez , alors , si je vous aime ,

Puisque l’espoir seul de vous protéger.

Aujourd’hui, m’a fait braver même La crainte de vous affliger. ^ .

Il m'a donc semblé que les assiduités de lord Frédéric

MISS MILITER

l.ord Frédéric ! ne vous ai-je pas dit. Milord, Ce que je pensais de lui.

ELMVOOD.

M'avez- vous dit votre pensée tout entière?... Peut-être avez-vous été retenue par la présence de Sandfort , par la crainte de voir désapprouver votre choix. . ;mais vous êtes seule avec moi ; avec votre ami , avec celui qui donnerait ses jours pour vous... et qui d’avance vous assure de son consentement... Eh! quoi vous vous taisez... ; allons miss Milner, ma fille, mon enfant... , ne craignez rien... : cpiand votre aveu devrait m'afHi^er , votre confiance est dé|a un bonheur... , et je serai toujours heureux par l'idée seule que vous allez l'être.

MISS MILNER

Et je le suis eu effet..., car jamais rien n’a été plus doux pour mon cœur que l’amitié que vous me témoignez en ce moment.

, ELMVOOD.

Eh! bien donc, répondez -moi, lord Frédéric serait -il l'époux de votre choix...? a-t-il reçu de vous quelque espérance ?

MISS MILNER

T.ord Frédéric n’est pas celui que je choisirais. Je n’ai

jamais encouragé sa tendresse... ; mon seul désir est de rester auprès de tous comme je suis , et de vous obéir en tout. ELMVOOD.

M’obéir !... Eh ! bien , dans ce moment j’eiige une preure de votre soumission. et de votre amitié... , habillez-vous ,

et allez à cette fête, où Ton vous attend.

MISS MILNKR.

Que dites vous ? •

EI.MVOOD.

C'est moi maintenant qui vous le demande et qui vous en siq>plie.

• MISS MILNF.R.

Ah !. je ne sois pas digne de tant de bonté. . . , je ne la mérite pas... ; cette ille maintenant me serait odieuse... : permettez-moi de ne pas vous quitter. . . , de passer ma journée ici avec vous en famille.

EtMVOOD.

Vous m'accuserez encore d'être l'ennemi de vos plaisirs. >• MISS MIENER.

Oui si vous me forcez à sortir.... : ainsi vous n'insisterez

plus n'est-ce pas je reste ?

EtMVOOD.

Si telle est vraiment votre volonté.

MISS MILNER

Oui, ma volonté, mon désir... je n'ai pas d’autre... EtMVOOD.

Eh! hieu tant mieux..,; car je voulais vous parler.... ainsi qu'à Sandfort d'un événement très-important pour moi... d'un changement qui arrivé dans ma fortune.

MISS MItNER.

Parlez vite... quel bonheur !... j’ai donc aussi unepart dans votre confiance, eh ! bien , Monsieur...

SGÉIXE VMI.

Les précédens un DOMESTIQUE annonçant.,

LE DOMESTIQUE

Lord' Frédéric.

MISS MILNEtL

Lord Frédéric I... ah mon Dieu, je l'aTais eublié.

■- ' FRÉDÉRIC

J'ai l'honneur de saluer lord Elmvood. .. que je ne me croyais pas être assez heureux pour rencontrer... (à mûs Mi/ner) comment , Miss, vous n’êtes pas encore prête?-. CCS dames sont en has qui vous attendent 5 et j'ai réclamé l’honneur de vous donner la’ 'main... ( regardant lord Elmtmod ) Eh ! bien est-ce' arrangé ? est-ce convenu ? Monsieur nous privérait-il-de sa présence, ou est-il des nôtres ? .. . vient-il avec nous ? ,

ELMVOOD.

Ou donc ?

FRÉDÉRIC

A Hyde-Parc... à cette course si brillante..., oii miss .Milner m'a permis d'être son chevalier.

I • ELMVOOD.

Vous son chevalier !.. .

MISS MILNER , à lord Elmvood.

Oui , Monsieur... ; mais je voulais vous dire.

FRÉDÉRIC

Oh ! je n'accepte pas d'excuse , j'ai votre parole.

ELMVOOd.

Je croyais que miss Milner m’avait dit qu'elle n’avait aucun engagement..., il paraît qu'elle aura oublié...

FRÉDÉRIC

Oublié... , c’est impossible... ;car c’est aujourd’hui , c’est ici même que miss Milner a daigné me promettre...

ELMVOOD.

Aujourd'hui ! comment , Monsieur nous avait déjà fait l’honneur de nous rendre visite.

, FRÉDÉRIC

Oh l mon Dieu , oui... il n’y a qu’un instant... je me suis présenté... ; par malheur vous n’y étiez pas , c’est votre aimable pupille qui eu votre absence a daigné me recevoir.

Dniiîix'”:

■-.ongle

KtMVOOD.

Vous recevoir (à demi voix à ndss Milner) , ici même.;, aujourd'hui... quand?... ce matin vous m’aviez jure... ah I miss Milner. . .

MISS MILNEB.

Permettez... Monsieur... ; je dois avant tout vous expliquer.

EtMVOOD.

C'est inutile..., il est déjà fâcheux que }>our me persuader vous ayez besoin d'explication... ; autrefois un mot aurait suffi...; mais, comme je vous le disais tout-à-l’heure , je n’ai jamais prétendu vous contraindre...; parniis à vous d’aller à cette fêle avec lady Seymour et avec Monsieur.

FRÉDÉBIC.

C’est admirable .'...vous êtes le modèle des tuteurs... Eh bien ! partons - nous 7

MISS MILNER. * '

N OU Monsieur. . . ( regardant lord Elmvood ) j'espère que plus tard on pourra m’entendre ; mais'en attendant , je vous prie de faire mes excuses à lady Seymour et à ces dames.. . car, bien décidément , je reste ici... et je ne sortirai pas.

( Elle Jait la révérence et sort. )

SCEI^E IX.

> ELMVOOD, FRÉDÉRIC. '

/ FRÉDÉRIC

Comment , Milord? elle s'éloigne... , elle refuse de nous suivre à cette fête , qui tout-à-l'henre encore était l’objet de tous ses vœux... Qu’est-ce que cela signifie?

Cela signifie qu'elle a changé d’idée.

FRÉDÉRIC

l'Ion morbleu ! ce n'est pas naturel... ni moi, ni ces dames ne serons dupes d'une pareille conduite...; sa réponse était dictée par vous... et ce consentement <|ue vous donnez , en apparence , et avec tant de générosité , n' était qu'un prétexte adroit.

EtMVOOD.

Un préteite... je pourrais vous répondre , Monsieur , que je suis maître ici , et que quand je commande chacun obéit...; mais en supposant, comme vous le dites , que j’aie besoin de prétexte... , il me semble que je n'en manquerais point; et que comme tuteur de miss Milnier , jaurais droit de défendre les visites et les assiduités... d'un jeune homme dont j'ignore même les intentions et les moti&.

FRÿ.DÉRIC.

Si jusqu’ici, Monsieur, j'ai tardé à me déclarer, c’est que ma position ne me le permettait pas ; c'est que je sollicitais un régiment que je n'ai encore pu obtenir; c’est que brouillé avec Clarendon, le chef de ma famille, je craignais qu’il ne refusât son consentement; mais, puisque vous l’exigez. Monsieur , je viens formellement vous demander miss Milner en mariage.... ; je vous déclare que je l'aime , que je l’adore, que j'en suis aimé...

Aimé 7 et quelles raisons avex-vous de le Croire?

FRÉDÉRIC

Là dessus. Monsieur, c'est moi que cela regarde... Dieu merci je m’y connais..., et j’ai su lire dans son cœur...; mais, si, après un tel aveu, vous hésitez encore, si vous refusez un parti aussi brillant qu'honorable, modestie à part , parce qu'en affaires , la vérité avant tout... , si vous refusez enfin d’agréer ma recherche, je commencerai à croire à un bruit auquel pour votre honneur je refusais d'ajouter foi...; c’est que vous êtes amoureux, non pas comme on le dit , de miss Arabelle , mais de votre pupille elle-même. ,

ELMVOOD.

Moi ! Monsieur, on pourrait supposer : apprenez que dans ma position un tel doute est une offense.

FRÉDÉRIC

Comme vous voudrez , Monsieur....; mais si je me suis trompé, il faut me le prouver autrement que par des discours ; car malgré la sévérité de vos principes , je vous

déclare que je n’ai point de cootiance dans les protestations d’un tuteur hypocrite...

ELMVOOD.

^ moi, Monsieur... heureusement pour vous, je n’attache point d'importance au discours d'un fat.

FRÉDÉtilC.

Un fat... Encore un qui emploie l'expression ; eh bien ! oui, Monsieur, je suis an fat... , car tel est mon plaisir.... et je ne vois pas pourquoi dans l'Angleterre, qui est le pays de la liberté , il ne serait pas permis à chacun d'ôtre comme il lui plaît... : je suis ainsi parce que je le trouve bon ; et je vous aemandérai raison de ce que vous le trouvez mauvais.

, ELMVOOD.

Vous auriez fort à faire, Monsieur, s’il vous fallait chercher querelle à à tous ceux qui partagent mon opinion' sur votre compte... Mais en tous cas Cous me trouverez toujours à vos ordres.

FRÉDÉRIC

Aujourd'hui même , Milord.... à moins que, sur-lechamp, vous ne me donniez votre consentement pour épouser votre pupille.

ELMVOOD.

Voilà une condition qui rend le mariage impossible.

FRÉDÉRIC

Et c'est ce que nous verrons ; car je vous déclare que malgré vous-méme, malgré votre tyrannie, miss Milner sera, à moi ; et quand je devrais la soustraire à votre pouvoir, ^'enlever de ces lieux. '*

ELMVOOD , mettant aussi son chapeau.

L'enlever !. . . . enlever miss Milner ! c’est trop fort , Monsieur 5 et si je ne me respectais moi-même , je vous aurais déjà fais chasser par mes gens.'... Mais vous avez besoin d'une leçon. ... et c'est un soin que je me réserve — Sortons...

■SCEW X*

Les précédens, SÀNDFORT.

SANDFORT.

Eh, bien! eh, bien!.... où courez>Tons donc ainsi..... comme des étourdis 7

FRÉDÉRIC

Nefikites pas attention... C’est une demande en mariage que je rais faire à Monsieur. ' ^

SLUVOOD.

Oui , Sandfort , nous avons à sortir ensemble... Ijuisseznon$.

SANDFORT.

Non, parbleu... Je saurai anparavant.ee dont il s'agit; et quelle est cette calèche qui depuis une heure est' à la porte?... et où sont des dames qui s’impatientent.

FRÉDÉRIC

Dieu! la^ Seymour, ma respectable tante.... Milord,

je vais lui uiire mes excuses la prier de partir sans

miss Milner , et sans moi... ; de là , je passe chez un ami , et dans jun quart d’heure , je serai ici dans votre jardin , avec deux témoins.

SANDFORT.

Deux témoins !...

^ AIR : d« Turenne.

Voiu voulez donc vous battre, je suppose ?

FRÉDÉRIC

Comme vous dites , dans l’instant.

SANDFORT. . ' ' ■

Quoi ! vous pouvez , d’une pareille chose , '

Parler aussi tranquillement ?

FRÉDÉRIC

Eh! pourquoi pas ? il est permis , je pense ,

De se brûler la cervelle, en riitnt.

Moi j’y suis fait...

sandfort.

Et depuis quand 1

FRÉDÉRIC. ■ ■ ' ,

Mais.,., depuu mon voyage en France.

( I! sort. )

Page 1