‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 120 sur 219 · CHAPITRE LIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIX

l’escortaient , de les faire lever par force. Pendant qu'on les saisissait, ceux qui étaient cachés dans la chambre voisine sortirent ; ils saluërent le prince de la manière la plus respectueuse, gardèrent le chapeau à la main, et se mirent en devoir de l’habiller.

Le commissaire, d’abord étonné des honneurs qu'on rendait à cet homme, fut saisi d’effroi, quand il reconnut le prince aux marques de sa dignité ; il se prosterne aussitôt aux pieds de Son Altesse, et implore sa bonté : « Calmez- »vous, lui répondit le prince, vous en serez » quitte à bon marché. » Alors il fait venir toutes les filles de la maison, les fait ranger en ligne, de manière qu'elles présentent le derrière nu à la compagnie : le commissaire, et ceux de sa suite, ne savaient pas encore à quelles peines ils étaient condamnés. On les obligea de se mettre nus en chemise, et de venir l’un après l'autre, une bougie à la main, faire amende honorable aux postérieurs de ces demoiselles. Ce qui fut rigoureusément exécuté avec toutes les formalités ordinaires.

Le comte de Rochefort, le comte de Harcourt, le chevalier de Rieux , et autres gentilshommes du temps du ministère de Mazarin, après avoir fait une débauche excessive où le

vin avait joué un grand rôle, projetèrent d'aller sur le Pont-Neuf voler ies passans ; c'était un plaisir que le duc d’O** avait mis à la mode dans ce temps-là. Le chevalier de Rieux et le comte de Rochefort, à qui ce passe-temps ne

plaisait pas beaucoup, pour ne point participer aux plaisirs de leurs compagnons voleurs, s’en séparérent,etmontérent sur le cheval de bronze. À la faveur du pied relevé de ce cheval, de l’étrier et des rênes, ils grimpèrent dessus, et se placèrent tous deux sur le col du cheval. De là

ils pouvaient juger des prouesses de leurs amis, qui dans un instant dépouillèrent cinq ou six passans de leurs manteaux.

Cependant quelques personnes volées étant allé se plaindre, les archers arrivèrent bientôt sur le Pont-Neuf. Comme la partie n'était pas égale, les gentilshommes voleurs abandonnèrent bien vite le champ d'honneur. Ceux qui se trouvaient sur le cheval de Henri IV, voulurent les suivre. Le chevalier de Rieux porte précipitamment son pied sur les rênes de bronze, elles se cassent, il tombe en bas, et la douleur de sa chute lui fait pousser des cris. Les archers accourent au bruit, voient le chevalier de Rieux étendu sur la place, et le comte de Rochefort, perché sur le cheval, attendant

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