‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 124 sur 219 · CHAPITRE LXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXI

école, aperçurent dans la rue deux Jésuites : Voilà deux disciples de saint Ignace, qui nous ont bien fait fouetter pendant que nous étions au collège, dit un des étudians. Cette observation réveilla la haine qu'ils portaient depuis longtemps à ces tyrans de leur jeunesse. Par une fatalité bien singulière, il se trouva dans la même rue une charrette chargée de balais. À cette vue, les étudians en droit s'imaginent que la Providence leur envoie des armes pour punir ‘leurs ennemis suivant la loi du talion : Fouettons-ceux qui nous ont tant fouettés! Rien né parut plus juste.

L'un d'eux, fils d’un avocat-général de la cour des aides, et devant remplir un jour cette charge importante , va le premier saluer les Jésuites, et leur proposer de mettre bien vite leurs culottes bas. Ses camarades se jetent sur la voiture aux balais. Les graves disciples de Loyola, bien étonnés du compliment, ne savaient comment se tirer de cet argument ad hominem; mais la frayeur succéda à la surprise, lorsqu'ils virent fondre sur eux une douzaine de jeunes étourdis armés de verges.

Les remontrances, les menaces, les cris ne servirent qu’à donner plus d'activité à l’'exécution; dans un instant les deux révérends pères

furent empoignés, troussés et fouettés d’une manière vraiment énergique.

Les cris des fustigés attirérent beaucoup de curieux. Une jeune fille, touchée vivement de l'outrage fait aux postérieurs des révérends , criait de sa fenêtre et disait mille injures aux exécuteurs ; mais voyant qu'on ne l’tcoutait guère , elle descendit dans la rue pour mieux se faire entendre. Les étudians, lassés des clameurs de la péronnelle, tournèrent contre elle les instrumens de leur vengeance ; elle fut troussée , fouettée sur-le-champ, si bien, que par la suite on lui donna le surnom de (a Fessée".

Dans ce temps-là, les Jésuites ne se laissaient point fouetter impunément ; l’affront fait aux derrières de deux de leurs religieux, rejaillissait sur toute la société; fouetter un Jésuite, c'était les fouetter tous. Ils firent des poursuites vigoureuses contre les coupables. M. le lieutenant de police d’Argenson. fit des infor-

mations ; il se trouva que les deux principaux agens de la cérémonie, appartemaient à des fa-

* Cette aventure et ce surnom furent cause qu'un homme qui était sur le point d’épouser cette fille, s’en , dégoûta, et n’en voulut plus pour sa femme.

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