CHAPITRE LX
un autre carrosse. Ces deux duchesses, n'ayant point d’autre parti à prendre, et ne trouvant point d’inconvénient à l’accepter, montérent dans un appartement fort propre, où elles furent reçues par une femme avec beaucoup de civilité. Sur-le-champ Camardon écrivit aux deux maris de ces dames de venir promptement le trouver chez Madelon Dupré, où il les attendait avec des femmes charmantes. Les maris, qui étaient de caractère à se rendre à de pareilles invitations, arrivent. Camardon court au-devant d'eux: « Ce sont deux jolies femmes » dont Dupré a fait la découverte depuis peu, » dit-il; vous allez voir. » Les deux ducs entrent avec empressement, et restent tout-à-coup immobiles en voyant les deux duchesses, leurs épouses, dans un lieu de prostitution. Ces deux dames, fort étonnées de rencontrer leurs maris dans cette maison, l’étaient encore davantage de la grande surprise et du mécontentement qu'ils avaient marqués en les apercevant. Camardon jouissait de leur étonnement. Mais lorsque ces dames apprirent qu'elles étaient chez la Dupré, elles devinrent furieuses et maltraitaient sérieusement Camardon qui les apaisa et les fit rire, en leur contant la ga-
geure qu'il avait faite avec leurs maris dans un
lieu sémblable. Camardon avait pourvu à tout; on servit un superbe diner, et ces dames et ces messieurs se mirent à table sans facon. Ce ne fut pas tout : lorsque la bonne chère eut égayé les esprits, les dames furent curieuses de voir les femmes qui composaient le sérail de la Dupré. Cette dernière n'eut pas de peine à les satisfaire ; elle fit passer en révue, devant la table, toutes ses filles qui donnèrent aux deux duchesses un spectacle fort singulier, car les hommes feignant de douter de la perfection de quelques charmes, obligeaient ces filles à mettre les preuves en évidence. Les duchesses grondaient et riaient beaucoup. Elles se vantérent dans la suite d’avoir fort joyeusement passé une journée au b......
CHAPÊTRE LXL