MOINES APOSTATS
Ablon, situé sur la rivière de Seine, à trois lieues de Paris, avait, sous le règne de Henri IV, été assigné aux protestans, pour l'exercice de leur religion, avant qu'ils eussent leur temple à Charenton.
Pendant le court espace de temps que ce village fut consacré à l’exercice de la religion réformée, on vit plusieurs habitans de Paris, se rendre en ce lieu pour y abjurer la catholicité, etembrasser le calvinisme; de ce nombre furent plusieurs ecclésiastiques, et même des moines.
Le 26 janvier 1603, un carme de Paris, abandonna son couvent, son froc et sa religion, et fut à Ablon, faire profession de la religion réformée. , |
Le 15 juillet suivant, un cordelier du grand couvent de Paris, nommé Boucher, se dépouilla du cordon et de l’habit de Saint-François, et vint à Ablon, pour professer le calvinisme. Il était si ignorant, que le ministre Couet fut obligé de parler pour lui, lors de son abjuration; il
était non-séulement ignorant , mais encore inconstant et débauché. L’impossibilité, dans son nouvel état, de satisfaire ses goûts aussi librement qu'il l'avait pensé, ses remords, et la légèreté de son caractère, ne lui permirent pas de vivre long-temps dans le calvinisme. Le 15 septembre suivant, il quitta Ablon et les ministres, et vint se jeter dans les bras de ses frères les cordeliers qui lui firent faire une abjuration publique de ses erreurs, une amende honorable la torche au poing, et puis le fustigèrent fort dévotement. Mais, par malheur, cette correction fraternelle ne fut pas aussi fructueuse qu'on devait l’attendre pour les autres disciples de saint François.
Le 7 décembre de la même année, un capucin, gentilhomme de naissance, se rendit à Ablon, et embrassa le calvinisme. Le 22 février 1604, un jeune cordelier de Paris, qui jouissait de la réputation de savant et de bel es-
prit’, et qu'on nommait Baptiste Bugnet, sous
"Il était auteur d’un petit livre intitulé : Antipéristase, imprimé à Paris, in-16, chez A. Dubreuil. Il l'avait composé avant son abjuration; on y trouve de l'esprit et de la gaîté ; il n’y mit pas son nom, parce que sans doute il pensa qu’un traité de galanterie convenait mal à la profession de cordelier.