‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 141 sur 219 · CHAPITRE LXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXX

que, ayant recouvré sa raison, se repentit vivement de sa faute; il se jeta sur Béatrix, et voulait l’étrangler pour lui avoir arraché ce fatal secret.

Cependant le fils de Hocque reçut la lettre, et fit venir Bras-de-F'er à Paci. Celui-ci entra dans les écuries, et, après avoir fait plusieurs figures, et les conjurations nécessaires, trouva le sort qui avait été jeté sur les chevaux et sur les vaches : il le leva et le jeta au feu en présence du fermier et de ses domestiques.

À peine le sort fut-il consumé, que Bras-de- Fer parut chagrin , et témoigna du regret de ce qu'il venait de faire. On lui demanda la cause de son inquiétude ; il répondit que l'esprit venait de lui révéler que c'était Hocque, son ami, qui avait posé ce sort, et qu'il était mort à six lieues de Paci, au moment que le sort avait été levé. Par des informations prises à la prison de la Tournelle, par le sieur Marié, commissaire au Châtelet, et à Paci, par le juge de ce lieu, äl fut prouvé qu’au même jour et à la même heure que Bras-de- Fer avait levé le sort, Hocque était mort en un instant dans des

convulsions étranges. Fables!

Les fermiers de Paci prièrent Bras-de-Fer de lever aussi un autre sort jeté sur les mou-

tons ; mais il n'en voulut rien faire, parce qu'il venait d'apprendre qu'il avait été posé par les enfans de Hocqué, et qu'il ne voulait pas

faire périr les fils comme le père. Sur ce refus, Bras-de- Fer fut arrêté avec les deux fils et la fille de Hocque, et deux autres bergers coupables. Bras-de-F'er et ses complices furent pendus: et brûlés, et les trois enfans de Hocque bannis pour neuf ans.

Deux autres de ces sorciers, nommés Braule et Lavaux, furent condamnés par le même juge à être pendus et brûlés ; la sentence fut confirmée par arrêt du 18 décembre 1691.

l'est constant que ces bergers ont existé; qu'ils ont été accusés, pris, condamnés, et exécutés comme sorciers ; que la sentence du juge de Paci à été confirmée par arrêt du parlement de Paris; mais ou leur crime était entiérement imaginaire, ou bien leur procédure était un tissu de faussetés. La saine raison rejete l'existence de ces êtres qui peuvent, à leur fantaisie, changer l’ordre de la nature, et qui ne peuvent pas se soustraire aux supplices.

L'expérience ne prouve que trop combien des juges, prévenus par les préjugés, peuvent abuser des apparences. On pourrait donc conclure que tous ces prétendus sorciers sont autant

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