CHAPITRE LXXIII
dénomination signifient gens qui vont à cheval sur un balai’.
Pendant l'été, ils s’assemblaient au milieu des bois, et en hiver dans gps fermes écartées. Le renoncement à Dieu et à la religion, beaucoup de discrétion et une entière soumission aux volontés des chefs, étaient, dit-on, ce qu'on exigeait des récipiendaires. L'assemblée commençait avec la nuit et finissait au chant du coq. Le lieu destiné au sabbat était éclairé par une seule lampe qui répandait un jour lugubre , et ne dissipait qu'une partie des ténèbres. Tout ce qui pouvait porter dans l’âme des sensations terribles, était mis en usage pour éprouver le courage et la discrétion des associés, et les rendre inaccessibles aux remords.
Le diable, qui présidait au sabbat, suivant les crédules auteurs qui en ont parlé, y paraissait assis sur un trône élevé, vêtu de la peau d'un grand bouc, ou de celle d’un grand chien
: Bodin, dans sa Démonographie, assure que les sorciers vont au sabbat par les airs ; que les uns sont montés sur des boues, ou sur des chevaux ailés; d’autres se contentent de mettre un balai, ou seulement un bâton entre les jambes, et que plusieurs parcourent les airs, sans au-
tre secours que celui du diable.
Barbet, où bien en figure d’hommé couvert d'un grand manteau noir. À sa droite, était une lampe enflanmée; à sa gauche, l'homme ou la femme dépositaire des poudres, ou graisses que l’on avait coutume de distribuer à tous les assistans: |
Suivant les crédules, ces poudres étaient des poisons composés par art diabolique, pour opérer des maléfices, jeter des sorts surles bestiau* ou sur les hommes. L’ignorance où l'on était alors en pharmacie; faisait aisément passer ces: poisons pour surnaturels, et croire qué les
démons seuls en'enseigtiaient la composition: Rien n’était plus facile que d’en imposer à cet
égard.
Les graisses qu'on'distribuait étaient, dit-on, propres à transporter le sorcier qui s'en frottait , de sa demeure à l'endroit du sabbat. Mais:il est plus raisonnable de croire que ces graisses servaient à donner aux membres plus: d’agilité’'et de souplesse pour les exercices qui se faisaient dans les assemblées ', ou bien que l'odeur qu’elles répandaient, servait aux chefs à reconnaître tous les initiés, et à les distinguer de
: Les athlètes, avant leurs exercices’, étaient dans
l’usage de s’oindre le corps.
CHAPITRE LXXIT. 259 quelques étrangers espions qui auraient pu s’introduire parmi eux. Cette odeur était le signe d'admission et de reconnaissance , et servait À l'exclusion de ceux qui ne l’exhalaient pas.
Après la distribution des graisses et poisons, le diable. président ouvrait la séance par un discours. Les assistans, rangés à sa droite et à sa; gauche, sur deux lignes parallèles, l’écoutaient dans ‘un. profond: silence : le: discours achevé, chacun consultait l’orateur, puis. il se faisait plusieurs cérémonies mystérieuses, comme de baptiser des crapauds qui servaient de préparatifs, et: qu’on appelait Mirmilots.
Onadorait ensuite.ce diable, en le baisant au derrière, lorsqu'il était:en forme de: bouc, et aunombril, lorsqu'il avait la figure d'homme.
L'ivresse ensuite bannissant toute décence , et portant la dissolution à son dernier période, on-exécutait des danses extravagantes:et lascives, et après cette adoration, on servait un repas abondant: en viandes et en vins : chacun en présence de tous les assistans, s'abandonnaitaux débauches les plus monstrueuses.
En rapprochant les-nombreux: témoignages
® Suivant: Antoine Torquemada, auteur espagnol, ce
diable recevait le baiser un peu plus bas.
que nous offrent les tribunaux sur l’histoire des sabbats, en ia dépouillant de ce que des hommes ignorans et crédules lui ont prêté de merveilleux , on ne peut s'empêcher de regarder l'existence de ces associations, non-seulement comme possible, mais encore comme véritable.
Ces assemblées étaient composées de libertins un peu instruits, de pauvres bergers crédules et de scélérats ignorans. Le plus petit nombre trompait, et le plus grand nombre était trompé.
La superstition remplissait alors presque toutes les têtes ; on ne savait point douter ; tout ce qu'on ne pouvait comprendre, on le croyait ; l'on aimait à croire tout ce qui avait les apparen-
ces du merveilleux; avec de telles dispositions,
il était facile aux chefs d'opérer des prestiges et d’étonner leurs subalternes qui n'avaient ni les talens d’en découvrir les causes physiques, nila pensée de les approfondir et de s’en méfier.
La facilité de se venger et de se faire redouter de ses ennemis, de ses voisins, par des poisobs et autres maléfices; les jouissances qu'on se procurait dans les débauches pratiquées au sabbat, étaient des intérêts assez puissans, des attraits assez vifs, pour cimenter ces associations.