‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 151 sur 219 · CHAPITRE LXXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIL

Ce qui porterait à croire que les cérémonies célébrées aux sabbats des sorciers, pourraient bien n'être pas aussi coupables qu'on le*raconte, c'est que la mémoire de ces cérémonies existait long-temps avant qu'il fût question de sabbat de sorcier. On a reproché aux anabaptistes, aux templiers, aux Albigeots et aux Faudois, les mêmes crimes, et à peu près les mêmes pratiques. Dans l’histoire d'Artois, par dom de Vienne, on voit que l’inquisition établie dans cette province, fithbrüler plusieurs Vaudois: l'inquisiteur, avant. le supplice, les prècha en public (c'était un moyen anciennement en usage pour instruire ou tromper le peuple sur les causes de la condamnation). Il ayvoua hardiment dans son discours que les Vaudois se servaient d’un onguent que le diable leur avait donné; qu'ils en oignaient une petite verge de bois; que quand ils l’avaient mise entre leurs jambes, le diable les transportait aussitôt en l’air pardessus les toits, villes et campagnes, dans l’endroit où l’assemblée devait se tenir: que là il se trouvait un diable en forme de bouc, avec une queue de singe ; qu’ils lui faisaient hommage et l’adoraient; que plusieurs leur donnaient leurs âmes, ou du moins quelques parties de leurs corps; qu'ils baisaient ensuite le

bouc au derrière, tenant entre les mains des chandelles allumées ; qu'après cet hommage, ils:Mmarchaient sur la croix, et crachaient dessus, en reniant Jésus-Christ et la Trinité; qu'ils montraient ensuite leur derrière au ciel, comme pour se moquer de Dieu; qu'après avoir bien bu, bien mangé, ils habitaient charnellement ensemble; que le diable lui-même prenait la forme d’un homme pour jouir d’une femme, et qu'ils commettaient des péchés contre nature, si énormes, qu'il n’osait les prononcer. Le prédicateur ajouta que l’onguent dont se servaient les Vaudois dans ces cérémonies, était composé de cette manière : quand ils étaient à la sainte table, ils prenaient l'hostie, Ia mettaient dans un vase avec des crapauds jusqu’à ce qu'ils l’eussent consumée; ils pilaient ensuite ces animaux avec des os de chrétiens pendus, du sang d’enfans et des herbes.

En débitant de semblables absurdités, cet

inquisiteur jouait le rôle d’un fourbe. Ces

malhtureuses victimes de la fureur monacale avouérent, en allant au supplice, que la violence de la torture leur avait arraché des aveux contre la vérité, et qu’on les y avait déterminées par la promesse du pardon.

Il est probable que l'histoire fabuleuse des

CHAPITRE LXXIL. 245 pratiques extravagantes ou criminelles que l’on a attribuées indistinctement à toutes les sectes dont les assemblées étaient secrètes , est une vieille tradition reproduite par les inquisiteurs. Les peuples, toujours crédules, toujours avides du merveilleux, adoptèrent, sans examen, ces récits monstrueux de mystères et de crimes; prêtèrent les mêmes cérémonies aux différentes sectes, et crurent que les Templiers, les Vaudois, les Albigeois , les sorciers, même les francs-maçons, étaient . dans leurs assemblées, présidés par le diable. La violence des tortures faisait tout avouer aux accusés, les sermons des moines faisaient tout croire au peuple. De là ces prétendues possessions, ce zèle meurtrier, ces fureurs religieuses, ces erreurs accréditées, ces jugemens iniques et déshonorans pour les tribunaux, et cette foule de vic-

times innocentes consumées dans les flammes.

ere ss CHAPITRE LXXIII.

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