CHAPITRE VIII
faite pour jeter l’effroi dans les esprits faibles , fiction digne de la sombre imagination des s0litaires encloîtrés.
Bruno assistait, dans l’église Notre-Dame de Paris, à l'office des morts, célébré pour l’âme d’un chanoine, nommé Raimond Diocre, qu'on allait porter en terre. Le défunt avait une grande réputation de sainteté : mais on va voir qu'il ne la méritait guère. Lorsque le clergé en fat à ces paroles : Responde mihi, quantas habes iniquitates ? on voit aussitôt le mort lever la tête audessus de son cercueil et répondre à cette question : Justo Dei judicioaccusatus sum. À ces mots, les assistans , saisis d’effroi, prennent la fuite, la cérémonie funèbre est remise au lendemain.
Le clergé entonnele même chant, et au même verset le mort, pour la seconde fois, lève la tête et dit : Justo Dei judicio judicatus sum. La peur fait de nouveau déserter l’église ; la cérémonie funèbre est encore remise au lendemain. Ce jour offre une scène pareille. Le défunt, qui avait ressuscité pour annoncer publiquement, d’abord qu'il était accusé, puis qu'il était jugé par la justice divine, déclara cêtte fois qu'il était condamné par elle : Justo Dei judicto .condamnatus sum.
Saint Bruno, témoin, dit-on, de cette scène
22 SINGUMARITES HISTORIQUES.
efirayante, renonça au monde et résolut de faire pénitence. Lesueur, chargé de peindre dans le cloître des Chartreux les principales actions de ce fondateur, en reproduisant.ce fait, a donné des preuves de la beauté de son talent, sans prouver la vérité du sujet.