‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 173 sur 219 · CHAPITRE LXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXX

»tour de lui, et ayant advisé Mathurine', sa » folle, commença à dire: Au diable soit la folle, »elle m'a blessé. Mais elle le niant courut tout » de suite fermer la porte , et fut cause que ce » petit assassin n’échappa pas, lequel ayant été »saisi, puis fouillé, jeta à terre son couteau » encore sanglant, dont il fut contraint de con- » fesser le fait sans autre force.

» Alors le roi commanda qu’on le laissât aller, et qu'il lui pardonnait : puis ayant entendu » qu’il était disciple des jésuites, dit ces mots : » Fallait-il donc que les jésuites fussent convain- » cus par ma bouche!»

La blessure ne fut pas bien dangereuse : le lendemain, on essaya de la coudre; mais le premier point causant trop de mal au roi, il ne voulut pas que l’on continuât.

Jean Châtel, imbu des maximes pernicieuses

1 Mathurine était une folle aux gages du roi : il en est parlé plusieurs fois dans le Journal de lEstoile. D’Aubigné, dans sa Confession de Sanci, à fait un chapitre intitulé : Dialogue de Mathurine et du jeune du Perron. L'auteur du Lunatique à Maitre Guillaume, parle de Mathurine, ciiime d’une folle 4 la suite de la cour. Le prieur Ogier, dans son À pologie pour Balzac, imprimée en 1629, parle encore de Mathurine, comme d’une folle

à gages et appointée du roi.

que répandaient depuis plusieurs années les moines et les docteurs de Sorbonne, crut, en assassinant son roi, faire un acte utile à la religion, et agréable à Dieu : il était persuadé que l'on pouvait, sans pécher, tuer les rois qui n’étaient pas approuvés par le pape.

Ce fanatique fut puni avec toute la rigueur que méritait son crime, rigueur que les circonstances rendaient excusable. Il fut tenaillé, tiré à quatre chevaux en place de Grève ; ses membres furent brûlés, et ses cendres jetées au vent ; la maison qu'il habitait fut rasée. L'on en voit encore l'emplacement devant le palais, et proche l’église des Barnabites. Au

milieu de cet emplacement, fut élevé une py-

*« Peu auparavant ce malheureux assassinat et en ce »même mois, dit l’Estoile, les jacobins de Paris empoi- »sonnèrent un de leurs compagnons, nommé Bélanger, » parce qu’il haïssait la ligue, prêchait assez purement, et » avait toujours tenu le parti du roi. M. Dulaurent, mé- » decin , qui l’avait pansé, conta à un de mes amis, que »ce pauvre moine était mort martyr, avec des douleurs »cruelles et insupportables causées du violent poison » qu'on lui avait donné, et qu’en ayant averti le prieur, » au lieu de le faire ouvrir, comme il l’en avait prié, l’aà Yait fait enterrer tout chaud, lui disant qu'ils n’avaient »jamais accoutumé de faire ouvrir leurs moines. »

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