CHAPITRE LXXX
ladite exécution, faire informer des contraventions, et certifier la cour de leurs diligences au mois, sous peine de privation de leurs états. »
Signé DuTiLrET.
« Prononcé audit Jean Chastel, exécuté le 29 de décembre 1594. »
Henri IV fut fort sensible à ce dernier attentat. Quelques jours après, madame de Balagny voyant ce roi accablé par la tristesse, se permit de lui en demander la cause.
Heuri [V lui répondit alors avec véhémence :
Ventre-saint-gris, comment pourrai-je être content de voir un peuple si ingrat envers son roi , qu'encore que j'aye fait et fasse tous les jours tout ce que je puis pour lui, et pour le salut duquel je voudrais sacrifier mille vies si Dieu m’en avait donné autant (comme je l'ai fait assez paraître à sa nécessité), me dresser toutes fois tous les jours de nouveaux attentats! car depuis que je suis tei je n’oye parler d’autre chose.
Le 5 janvier 1595, le roi allait à Notre-Dame, et comme il était au fond de son carrosse, un ligueur eut laudace de crier, le voilà déjà au cul de la charrette.
Ce furieux ne put être saisi, parce que la
foule était trop grande. Cependant, mille eris de vive le roi retentissaient dans l’air, et semblaient vouloir racheter l’injure de ce ligueur. Jamais les cris de joie n’avaient été plus nombreux et plus expressifs. Sire, dit un seigneur, voyez comme tout votre peuple se réjouit de vous voir. Le roi, secouant la tête , «lui répondit : C’est un peuple. Si mon plus grand ennemi était là où je suis, et qu’il le vtt passer, il lui en ferait autant qu'à mot, él crierait encore plus haut qu'il ne fait.
Sixième attentat.
Le même jour, on fut averti qu'un soldat de
la garnison de Bruxelles était venu exprès à Paris pour tuer le roi. Dans le signalement de ce soldat, on annonçait qu'il avait un ætl éraille. 11 était dangereux à Paris d’avoir quelques marques à l'œil : on fit plusieurs recherches inutiles; un des gens du baron de Ghouppes, et un moine , parce qu'ils avaient chacun un œil éraillé, furent pris et emprisonnés au Louvre, et bientôt relâchés.
Cependant les bons citoyens, effrayés des dangers qui menaçaient continuellement les jours de Henri IV, pensérent aux moyens de les prévenir. Le corps de ville de Paris fut dé-
CHAPITRE LXXX.. 203 puté vers ce roi pour lui exposer la nécessité de chasser les ligueurs de la ville. Le roi répondit qu'il n’était point d'avis.de chasser les ligueurs de Paris, « pour ce qu il les reconnaissait tous » pour ses sujets, et les voulait traiter et aimer » également; mais qu'ils veillassent les mauvais » de si près, qu'ils ne‘pussent faire mal aux » gens de bien. » |
$ eptieme attentat.
Vers la fin du mois de mai de la même année, fut emprisonné à Paris un architecte , maître maçon, natif de Pontoise : il était accusé d’avoir formé quelques entreprises criminelles contre la personne du roi.
Huitième attentat.
Le 16 du mois de février de l’année suivante, 1596, un avocat d'Angers, nommé Jean Guedon, fut pendu en place de Grève; et son corps brülé.. Il était accusé et convaineu d'être parti exprès d'Angers pour venir tuer le roi : il fut pris comme il passait à Chartres.
Dans le même temps , il parut à Paris un jeune homme qui avaitde projet de se faire proclamer roi de France: il se disait fils du feu roi Charles IX , et mettait tout en œuvre pour faire
valoir ses prétentions. Voici comme on rapporte son origine.
QUn quidam nommé Charles avait été nourri sen Bretagne, chez un gentilhomme nommé /a » Ramée, lequel se sentant près de sa fin, avait s appelé ses enfans , êt leur avait déclaré que
»s jusqu'à présent ledit Charles avait été nourri
»au nombre des siens, mais qu'il n'était point » son fils, et qu'ainsi il ne pouvait point s’atten- » dre à succéder à aucune partie de son bien : » cependant il lui donnait un cheval et des ar- »mes pour aller chercher fortune ; et s’adres- » sant à lui, il lui avait dit : Vous n'êtes point » mon fils, mais vous êtes le fils du feu rot Char- » les IX. J'ai été chargé, par la reine Catherine, » mère des rois défunts, de vous nourrir et de vous » élever, sans révéler ce qui en était, qu'elle et les »rois ne fussent morts. Après cette déclaration, » ce jeune homme (qui fut nommé Charles la » Ramée) partit de Bretagne, et se rendit à Pa- »ris où une dame de qualité voulut le voir ; » mais ne trouvant pas de sûreté dans ses dis- » cours, elle le renvoya. Il s’en alla à Reims où »il commença à publier en secret qu'il avait seu des visions et des révélations qui l'assusraient qu'il serait roi. Sur cela , il se trouva » des gens assez crédules qui disaient qu'il avait