‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 184 sur 219 · CHAPITRE LXXX. got · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXX. got

cherché à faire placer son mari dans la cuisine du roi, afin de pouvoir approcher des mets destinés à sa table, et y mêler du poison. N'ayant pu réussir de cette manière , elle s’adressa au comte de Soissons, grand-maître de France, et lui dit qu'il ne dépendait que de lui d’être le plus grand prince du monde. Le comte, étonné de sa proposition, lui donna rendez-vous, afin de la questionner plus à son aise. Îl en parla au roi, et lui demanda un homme de confiance qu'il placerait dans un cabinet, pendant que cette femme l’entretiendrait dans sa chambre. Le sieur Loménie fut choisi pour cela. Nicole Mignon étant arrivée, le comte de Soissons lui demanda par quel moyen elle voulait le rendre le plus grand prince du monde. En empoisonnant le roi, répondit-elle, vous serez le maître de le remplacer. Elle ajouta que depuis longtemps elle cherchait quelqu'un qui voulût introduire son mari dans la cuisine du roi. M. le comte de Soissons la fit arrêter, et elle avoua, devant ses juges, toute la noirceur de ses desseins.

La même année, le 27 septembre 1600, on apprit que le roi avait été exposé, sinon au danger d’un assassinat, au moins à la peine que donnent les soupçons. Ce prince, étant à Greno-

ble, trouva dans sa chambre un billet, par lequel on l’avertissait que Chazeul et Dubourg, deux gentilshommes lyonnais , cherchaient l'occasion d’attenter à sa vie. Le roi ayant lu ce billet, et ayant appris que plusieurs autres semblables avaient été semés dans les appartemens, crut sur-le-champ que l'envie seule avait fabriqué cette calomnie atroce. En même temps il appelle Chazeul, qui était alors à sa suite, et lui montre le billet, en lui déclarant que ce qu'il contenait ne lui donnait aucun soupçon sur sa fidélité. Chazeul fut tranquillisé ; mais Dubourg, qui était à Lyon, apprenant cette nouvelle, suspendit la levée de son régiment, et se rendit en poste auprès du roi, qui lui demanda, en le voyant, le motif de son voyage. Szre, répondit Dubourg, le bruit court à Lyon que j'ai voulu tuer Sa Majesté : Je viens lui apporter ma tête. — Non, répliqua le rof, je n'ai pas cru nine croirat jamais les avis que les envieux me donnent : retournez à Lyon, achevez votre régiment , amenez-le en diligence; c’est la plus grande punition que vous puissiez donner à des ennemis inconnus, car tl n’y a plus grand tourment pour un ennemi envieux que de bien faire.

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