‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 195 sur 219 · CHAPITRE LXXXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXIIL

l'estament de la Guerre; c’est la Guerre personnifiée qui parle :

Je laisse aux joyeuses fillettes, Suyvans armées, fort enclines

De humer les œufs de poullettes, Et de rostir grasses gellines ; Puisque cy-après seront dignes

De brimber * en plusieurs quartiers, Je feray tendre leurs gourdines Aux gargattes de ces moustiers 2.

Environ un siècle après, on trouve encore dans l’histoire un témoignage plus considérable et plus circonstancié de ce même usage.

Le duc d’Albe, à la tête d’une armée espagnole, marcha en Flandre contre les rebelles connus sous le nom de Gueux. Dans l'éloge que Brantôme fait de ce due, il rapporte qu'’alors , dans son armée , il y avait quatre cents courtisanes à cheval, belles et braves comme princesses, et huit cents à pied bien en point aussi.

1 Brimber, demander l’aumône.

? Aux gargattes de ces moustiers, signifie lieu dans lequel les moines ou les gens d'église conservent leurs provisions de bouche. Ces deux derniers vers peuvent s’entendre ainsi : Je leur ferai demander l’aumône dans les couvens de moines où la cuisine est bonne.

François le Poulchre de la Motte Messemé, poëte dont il est parlé dans la bibliothèque du

Poitou, donne des détails curieux sur cette armée et sur le bataillon de femmes galantes qui la suivait. Il y avait, dit-il :

Deux gaillardes cornettes De bien trois cents chevaux, à tous le moins complètes, Sous lesquelles marchaïent des femmes de plaisirs, Pour servir le premier qui en avait désir, Pourvu, cela s’entend, qu'il leur fût agréable. J'en trouvai la facon si fort émerveillable, Que pour les voir passer j’arrêtai longuement, Considérant leur port, leur grâce et vêtement, Enrichi de couleur sous mainte orfévrerie :

J'en remarquai bien là quelqu’une assez jolie... Mais plus que la blancheur, le brun les accompagne. Leurs montures n'étaient des bêtes de Bretagne : L'une avait un cheval, et l’autre lentement Allait sur un mulet, ou sus une jument.

Les harnois, néanmoins, de la housse traînante ; Sous leurs pieds, paraissaient de velours reluisante De cinq ou six clinquans cousus tout à l’entour. Il les entretenait qui voulait tout le jour; Mais avec un respect plein de cérémonie.

Le Barisel major leur tenait compagnie.

Or, ces dames avaient tous les soirs leur quartier, Du maréchal-de-camp, par les mains du fourier :

Et n’eut-on pas osé leur faire une insolence.

Cependant, le duc d’Albe, voyant que telles

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