CHAPITRE LXXXIII, 32h
amazones contribuaient plutôt à énerver le courage qu’à l’enflammer, qu'avec elles les soldats ne s’occupaient guère de batailles, il résolut de s’en défaire comme on va le voir :
Toutefois le duc las de telle magnigance,
Leur donna ce sujet de prendre ailleurs parti, Pour les mal contenter ; moi-même l’entendi Crier publiquement, de mes propres oreilles, Et Dieu sait si cela leur déplut à merveilles ; C’est qu'entre elles ne fut pas une qui osât Refuser désormais soldat qui la priât
De lui prêter sa chambre à cinq sous par nuitée, Tâchant, par ce moyen, les chasser de armée, Qui lui serait aisé, à ce que l’on disait,
Et en avint ainsi : car telle se prisait
Autant qu’autrefois fit cette Corinthienne..….
La conduite du duc d’Albe fut approuvée de quelques personnes , et blämée de plusieurs.
Les uns disaient que cette troupe de courtisanes était un scandale au milieu d’une armée, et présentait un piége dangereux où les personnes les plus sages pouvaient être entraînées.
D'autres, au contraire, soutenaient que dans une armée aussi peu disciplinée que l'était celle-ci, ces filles, offrant des jouissances volontaires et faciles , fixaient les soldats dans le camp, et les empêchaient de commettre ail-
leurs des violences, et d’assouvir leur brutalité
sur des filles et femmes honnêtes, comme ils y
étaient accoutumés. Voici comment , à cet égard, s'exprime notre rimeur.
D'’en avoir fait ainsi, le duc fut estimé
D'’aucuns tant seulement, des autres étant blâmé ; Et ceux qui admiraient en cela sa prudence, Alléguaient que c’était faire une grande offense Et déplaisante à Dieu, d’avoir incessamment Quant à soi ' un tel train, de vice allèchement, Apportant à la fin, par un si grand scandale, Des gens les mieux vivans la ruine totale.
Chacun en devisait suivant sa passion ;
Car ceux-là qui tenaient la contraire opinion,
Ne voulant confesser bonne cette ordonnance, Disaient que le soldat se donnerait licence
De forcer désormais, par où il passerait,
Celle qu’à son désir résister s’essayrait,
Puisqu’il avait perdu son plaisir ordinaire,
A lui permis long-temps, comme mal nécessaire, Qui serait irriter autant le créateur,
En danger de tomber en bien plus grand malheur, Exerçant sallemert un amour androgyne,
En un sexe tout seul d’une ardeur masculine.
Mais, pour ce qu’on en dit, le duc ne retrancha Son édit nullement...
C'était avec des troupes dont les mœurs é-