CHAPITRE XII
Ils étaient excessifs à la cinquième année. « Les » hommes furent réduits, dit Raoul Glaber, à » se nourrir de reptiles, d’animaux immondes,et, » ce qui est plus horrible encore, à se nourrir de » la chair des hommes, des femmes et des en- »fans. De jeunes garçons dévorèrent leurs mévres, et les méres, étouffant tout sentiment » maternel, dévoraient leurs enfans. »
Elle se continua dans les années 1010, 1011, 1015, 1014, et fut accompagnée de contagions et d’une énorme mortalité.
Autre famine qui dura pendant 7 années, depuis 1021 jusques et y compris 1028. Elle fut accompagnée de maladies contagieuses et de mortalité. Presque tous les habitans de la Gaule, dit un contemporain, furent en dañger de mourir de faim, et il en mourut une quantité innombrable. |
Dans les années 1027, 1028, 1029, famine excessive , souillée d’antropophagie.
En 1031, famine atroce : les habitans dévoraient les chiens, les souris. On avait bien de la peine à empêcher les hommes de s’entretuer pour assouvir leur faim de leur propre chair. « Les hommes , dit un autre écrivain, forcés de
» se nourrir de charognes, de cadavres , de ra- » cines des forêts, d’herbes'des rivières, ne tar-
» dèrent pas à mourir. C’est avec horreur que je » me détermine à le dire, des hommes assou- » vissaient leur faim avec la chair des hommes ! » On arrêtait les voyageurs sur les routes, on les »égorgeait, on se partageait leurs membres, » que l’on faisait cuire, et on assouvissait sa faim » par ces affreux repas. Les personnes qui, pour » fuir la famine, s’expatriaient, étaient pendant » la nuit, par ceux mêmes qui leur donnaient »l’hospitalité, poignardées et dévorées. Plu- » sieurs attiraient des enfans de leur voisinage » par de petits présens, et si ces enfans se lais- »saient prendre à ce piége, ils étaient tués , et » leur corps servait de nourriture. La rage de la » faim était arrivée à ce point, qu'onétait plus en » sûreté dans un désert, au milieu des bêtes fé- »roces , que dans la société des hommes. On »mit en venté, au marché de Tournus, de la » chair humaine cuite. 5
Le même écrivain cite ensuite des faits qui prouvent que la famine avait accoutumé quel-
ques hommes à l’antropophagie, et termine ce tableau hideux par ces mots :« On ne voyait » partout que des visages pâles, décharnés ou »très-bouffis. La voix de ces malheureux était »altérée, faible, et rappelait les cris des oi-
»seaux expirans. Les cadavres très-nombreux