‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 29 sur 219 · JUIF BRULÉ VIF EN 1200, POUR UN CRIME SUPPOSÉ · texte numérisé non relu

JUIF BRULÉ VIF EN 1200, POUR UN CRIME SUPPOSÉ

Les Juifs, depuis long-temps en horreur en France, par leurs usures, leur religion, leurs richesses, éprouvaient des persécutions continuelles qui faisaient le tourment de cette nation étrangère, et qui n’honoraient pas la nôtre. Au 12° siècle, avant de partir pour les croisades, les chevaliers étaient en usage de les massacrer. Les rois les chassaient pour les dépouiller de leurs biens, et les rappelaient moyennant des sommes considérables. Ces

Princes, par avarice, exerçaient contre les

Juifs des actes d’iniquité que le fanatisme du peuple justifiait toujours, et pour autoriser des persécutions projetées, on leur supposait des crimes dont ils étaient innocens ; en Voici la

preuve.

En 1290, une femme de Paris avait, pour la somme de trente sous, mis quelques vêtemens en gage chez un Juif nommé Jonathas.

Elle vint lui demander ces vêtemens pour les porter au jour de Pâques, en lui promettant de

les lui rendre ensuite. Le Juif alors lui répor dit que si elle consentait à lui apporter à pain de l’eucharistie , il lui rendrait son gage sans argent; elle reçoit, le jour de Pâques, l'hostie consacrée, et la porte au Juif. Celui-ci, à coups de canif, perce cette hostie ; il en voit sans effroi couler du sang en abondance, puis il prend un clou , l’enfonce à coups de marteau dans l'hostie ; il la jette au feu, elle voltige autour des flammes; il la plonge dans une chaudière d’eau bouillante qu’elle rougit de son sang ; elle n’en reçoit aucun dommage.

Ces prodiges n'épouvantaient pas Jonathas.

Le fils de ce Juif, témoin de ces actes étranges, voyant des chrétiens aller à la messe,

leur dit: C’est en vain que vous allez adorer

votre Dieu, mon père l’a tué. Une voisine, sous prétexte de demander du feu, pénètre dans la maison de Jonathas qui ne s’oppose point à ce qu’elle soit témoin de ses horribles sacriléges; il lui laisse sans difficulté rec ueillir l’hostie dans sa robe. Elle la place ensuite dans un vase de bois, et la porte au cure de Saint- Jean-en-Grève , auquel elle raconte ce qu'elle a vu. L'évêque de Paris fait arrêter Jonathas. Ce prélat veut le convertir; le Juif s’y refuse; il est brûlé vif.

CHAPITRE XVL 37 Jonathas jouissait d’une fortune considérable : fut-il légalement convaincu? Pourquoi la femme qui livra l'hostie à Jonathas ne futelle pas traduite en jugement? Elle était plus criminelle que le Juif. Tout, dans cette procédure, fait soupconner qu’une trame odieuse fut ourdie pour s'emparer de la fortune de l’Israélite.

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