‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 41 sur 219 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

noncée au bruit des cloches, puis on faisait placer le prélat factice dans le siége épiscopal , et l’on commençait la grand’messe.

Tous les ecclésiastiques qui assistaient à cetta messe, avaient le visage barbouillé de noir, ou couvert d’un masque hideux et ridicule ; ils étaient vêtus en baladins ou en femmes, dansaient au. milieu du chœur, et y chantaient des chansons obscènes.

Les diacres et les sous-diacres venaient sur l'autel manger des boudins et des saucisses devant le prêtre gélébrant. Ils y jouaient aux cartes et aux dés, et ils mettaient dans l’encensoir quelques morceaux de vieux souliers, et lui en faisaient respirer la fumée.

Quand la messe était dite, ces sous-diacres , dans les transports de leur folie ou de leur ivresse, profanaient l’église d’une manière plus criminelle encore : ils y couraient, dansaient, sautaiéent comme des insensés, s’excitäient aux plus grandes extravagances , proféraient des blasphêmes, et chantaient les chansons les plus dissolues ; les uns se dépouillaient entièrement de leurs habits, et d’autres se livraient aux indécences les plus honteuses.

ls se faisaient ensuite traîner par la ville dans des tombereaux pleins d’ordure, d’où ils pre-

fa

naient plaisir à jeter de cette ordure à la populace, qui s'empressait autour d'eux. ils s'arrétaient de distance en distance, pour monter sur des théâtres dressés exprès pour leurs folies. La. ils renouvelaient leurs indécences en face du public. Les plus libertins d’entre les séculiers . se mélaient parmi le clergé, et sous des habits de moines ou de religieuses, faisaient des mouvemens lascifs, prenaient des postures de la débauche la plus effrénée, et accompagnaient ce libertinage de chansons ordurières et impies. L'église en corps , bien loin déapprouver ces infâmes pratiques , s'éleva souvent contre elles. et plusieurs conciles les condamnèrent; mais la routine, la débauche et l'ignorance des prêtres qui composaient le clergé des églises particulières, résistérent toujours à ces condamnations. Le cardinal Pierre, légat en France, défendit

le premier, sous peine d’excommunication, de

célébrer la fête des Sous-diacres, dans l’église de Paris. Eudes de Sully, évêque de cette capitale, rendit quelque temps après, en 1108 et 1199; deux ordonnances contre ces fêtes; Pierre Cambius et Odon, ses successeurs au siége épiscopal de Paris , renouvelèrent ces défenses, mais fort inutilement, car on célébrait encore ces fêtes en 1444, puisqu'on trouve une lettre

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