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couronne de France, maudissaient tous ceux qui étaient du parti de Charles VIL. Jeanne d'Arc qui, sous la foi d’inspirée, avait ranimé le courage abattu du parti de ce prince, fut en conséquence regardée par les habitans de Paris, comme une fille perdue de vices, dont les prophéties étaient autant d’impostures. Le Parisien qui écrivait tous les événemens de ce temps, et dont je retrace l'opinion, rapporte que c'était une créature en forme de femme, qu'on nommait la Pucelle, et.qui l'était, Dieu le scet.
Le jour de la Nativité de Notre-Dame 1429, la Pucelle et les troupes du roi vinrent assiéger Paris. L’assaut commença sur les onze heures du matin, entre la porte Saint-Honoré et celle de Saint-Denis. La Pucelle s’avança, planta son étendard sur les bords du fossé, et adressa ces paroles aux Parisiens : Rendez-vous de par Jésus à nous lost ; car se ne vous rendez avant qu'il soie la nuit, nous y entrerons par force, veuillez ou non, et tous serez mis à mort sans mercy. — Paillarde, ribaude, lui cria un assiégé en lui décochant une flèche qui lui perça la jambe ; elle prit la fuite, et celui qui portait son étendard fut aussitôt blessé d’un trait au pied. Il s'arrête, lève la visière de son casque afin de retirer la
flèche. On lui en tire une seconde qui le frappe
entre les yeux au fond de la visière, et le tue. La prédiction de la Pucelle ne s'accomplit point en cette occasion, car la ville de Paris ne fut point prise.
‘Quelque temps après, on arrêta, à Corbeil , deux femmes, et on les conduisit dans les prisons de Paris. Leur crime était de croire et de dire à tout le monde que la Pucelle d'Orléans était envoyée de Dieu, que Jésus lui apparaissait souvent, et que la dernière fois qu’elle l'avait vu , il était vêtu d’une longue robe blanche, et par-dessous d’une huque de vermeil. Comme la plus âgée de ces femmes ne voulut jamais se rétracter, le dimanche, 3 septembre 1430, elle fut brûlée vive.
Quelque temps après que la Pucelle fut brûlée À Rouen, un jacobin inquisiteur de la foi, maître en théologie, prêcha à Paris dans l’église de Saint-Martin-des-Champs, et son sermon fut une satire violente contre cette couraseuse fille ; il dit en chaire que depuis l’âge de quatorze ans elle s'était vêtue d'habits d’homme, que ses parens l’auraient tuée s'ils n'avaient pas craint de blesser leur conscience ; qu'elle quitta sa famille, accompagnée du diable, et devint homicide de chrétien, et que depuis ce
temps-là, elle avait commis une infinité de
jee per
CHAPITRE XXVI. 59 ineurtres; que dans sa prison elle se faisait servir comme une dame, et que les diables lui apparaissaient sous les formes de sainte Catherine, de sainte Marguerite et de saint Michel ; il ajoutait que la peur lui ayant fait quitter ses habits d'homme pour prendre ceux de femme, le diable les lui fit reprendre; mais il ne la secourut point lors de son exécution, comme elle s’y attendait. Ce moine jacobin dit encore dans son sermon, qu'il y avait quatre Pucelles : savoir, les deux prises à Corbeil, dont l’une fut brûlée à Paris, Jeanne d’ Arc brûlée à Rouen, et une quatrième appelée Catherine de la. Rochelle, qui suivait l’armée de Charles VIT, et qui avait aussi des visions comme Jeanne d'Arc.
Dix ans après l'exécution de Jeanne d'Arc, on vit paraître une autre Pucelle; le peuple crat d'abord fermement que c'était la même qui avait été brûlée à Rouen, et que par miracle elle était ressuscitée, ou bien qu’à l'exécution on en avait substitué une autre. Ce qui paraît singulier, et ce qui peut-être a donné lieu de soutenir dans notre siècle que Jeanne d’Are n'avait pas été brûlée, et qu’elle avait même eu de la postérité, c’est que les habitans d’Orléans qui virent cette seconde Pucelle, la pri-
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rent pour Jeanne d’Arc, et en conséquence lui
rendirent plusieurs honneurs.
L'université et le parlement de Paris, qui avaient condamné dix ans avant la véritable Pucelle, voulurent détromper le peuple ; ils firent conduire par force, à Paris, la fausse Pucelle. On la montra publiquement dans la grande cour du palais, on la fit monter exprès sur la table de marbre, et là, on prononça un discours sur sa vie, dans lequel on disait qu'elle n’était point pucelle, qu’elle avait été mariée à un chevalier dont elle avait eu deux fils; que dans un moment de colère contre une de ses voisines en voulant la frapper, elle frappa sa mère qui la retenait; qu’elle avait aussi frappé des prêtres où clercs pour défendre son honneur, et que pour se faire absoudre de ses crimes, elle avait été à Rome, et afin de faire ce voyage en sûreté, s'était vêtue en homme, ensuite, qu’elle avait servi en qualité de soldat dans l’armée du pape, et commis dans cet état deux homicides. Ce discours et cette cérémonie étant achevés, la Pucelle partit de Paris et retourna à la guerre.
On voit que Jeanne d’Are ne fut pas la seule pucelle de son temps, elle eut plusiéurs imita-
trices ; c'était une mode alors d’être pucelle.
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