CHAPITRE XXVIII
La rigueur de la saison forçait les loups, dont la France était alors peuplée, à venir jusque dans les villes, dévorer ce qu'ils rencontraient. Plusieurs personnes, et surtout des enfans , 6 taient surpris dans les rues de Paris par ces animaux affamés ; ils pénétraient dans les cimetiéres et déterraient les corps fraîchement inhumés, les déchiraient et laissaient partout des traces de leur voracité. Un débordement affreux de la Seine vint encore épouvanter les Parisiens. Tous les fléaux de la nature s'étaient réunis à tous les ravages des guerres civiles pour accabler ce peuple. Dans le même temps, une ordonnance sur l’altération des monnaies acheva de ruiner la partie des habitans qui était la plus aisée. Plusieurs, n’écoutant que leur désespoir, sortirent de la ville, furent s'établir ailleurs , ou augmentérent le nombre des brigands qui désolaient les Campagnes. Les laboureurs sans défense ne pouvaient plus cultiver leurs terres, chaque jour de nouvelles troupes pillaient ou brûlaient leurs maisons . violaient leurs femmes et leurs filles , Massacraient leurs enfans. Les seigneurs des villages étaient les premiers à autoriser ces brigandages, et se moquaient des malheureux qui venaient se plaindre à eux. Plusieurs, désespérés de tant de
maux, abandonnèrent leur pays. Que feronsnous ? disaient-ils; mettons-nous tous en la main du deable , ne nous chault que nous devenions , autant vault faire du pis que du mieulx. Mieulx nous voulsis (vaudrait) servir les Sarrazins que les chrestiens, et pour ce, faisons dupis que nous pourrons, aussi bien ne nous peut-on que tuer, ou que pendre; car par le faulx gouvernement des traistes gouverneurs, il nous faut renyer femmes et enffans, et fouir aux boys comme bestes égarées.