CHAPITRE XXXIL CRUAUTÉS ATROCES
11 y avait autrefois proche la ville de Meaux, un grand orme appelé l'arbre de Vauru; ce nom lui venait de deux gentilshommes qui.
pendant les guerres civiles du règne de Charles VI, commandaient dans cette ville pour le parti des Armagnacs. L'un se nommait le batard de Vauru, et l’autre Denis de Vauru.
Ces deux F’auru se disaient cousins. On ne sait pas si le même sang coulait dans leurs veines, mais les mêmes sentimens de férocité les animaient et les rendirent célèbres. Ils se faisaient un jeu de trainer à la queue de leurs chevaux les laboureurs chez lesquels ils n’avaient rien trouvé à voler, et de les pendre eux-mêmes à leur arbre, lorsque le bourreau n'y était pas.
Le bâtard de Vauru axrêta dans les champs un jeune villageois qui travaillait la terre, le lia à la queue de son cheval, le traîna jusqu'à Meaux, et le mit si fort à la gêne que le jeune
homme, pour faire cesser les tourmens qu'il
endurait, promit de payer la somme qu'on lui demandait, quoiqu'elle fût exorbitante, et beaucoup au-dessus de sa fortune. Il manda à sa femme le danger ôù il était et l'argent qu'il lui fallait pour lé sauver du supplice et de la mort.
Sa femme, jeune, belle et désespérée du malheur qui menaçait un homme qu'elle aimait et qu'elle n'avait épousé que depuis quelques mois, accourut vers les bourreaux de son mari, espérant les toucher par sa jeunesse, ses larmés et ses prières, ou au moins obtenir une diminution sur la somme excessive qu'ils exigeaient. Mais tant de moyens d’attendrir ne firent qu'irriter ces barbares. f'au-
ru déclara à la jeune épouse que si elle n’apportait pas, au jour qu'il lui indiqua, la somme demandée, son mari serait pendu à
son orme. Les deux époux se séparèrent en pleurant.
La jeune femme partit, et mit tout en œuvre pour se procurer de l'argent; mais malgré ses efforts, elle ne. put compléter la somme exigée que huit jours après le terme qui lui était prescrit. Elle accourt porter la rançon, tourmentée par l'incertitude affreuse dé savoir s'il était encore temps, et si son mari n'avait