CHAPITRE XXXII
pas subi le sort dont on l’avait menacé. Elle arrive accablée d'inquiétudes et de fatigues , donne sa rançon aux tyrans, et leur demande en pleurant, son mari. Les Vauru prennent la somme, et disent à cette jeune femime qu'elle pouvait s’en aller, et que son mari, ainsi que plusieurs autres qui n'avaient pas payé au temps fixé, avaient été pendus.
La douleur d’avoir perdu un époux qu’elle aimait, le dépit de se voir enlever une somme qui comprenait plus que sa fortune, par les bourreaux de son mari, mirent éette malheureuse dans le plus grand désespoir; elle éclata contre les cruels qui lui avaient enlevé ses biens et tué son époux; elle leur reprocha dans les termes les plus vifs leur barbarie et leur scélératesse.
Vauru, blessé de ces reproches, la maltraite à coups de bâton, la fait conduire à l’orme où cette malheureuse est attachée, puis on lui arrache ses habits, et on la laisse exposée toute nue aux regards de la populace et aux injures de Pair. C'était au mois de mars 1420, que se passait cette scène d'horreur. El faisait froid; cette femme était enceinte ; mais ce qui rendait sa situation plus affreuse, c’est qu’à arbre où elle étaitattachée, pendaientuneinfinité de cadavres
dont les extrémités agitées par le vent venaient frapper son visage.
La nuit qui approchait, augmentait encore le supplice de cette malheureuse victime. Ses cris etses gémissemens étaient entendus jusque dans la ville; mais personne n'osait la secourir parce qu'on redoutait la cruauté des Vauru.
Mon Dieu, quant me cessera cette pesme doulour que je souffre, s'écriait-elle : à cet état de souffrance se joignirent les douleurs de l’enfantement; la nuit termina ce supplice affreux, d’une manière plus affreuse encore. Des loups attirés par l’odeur des cadavres, tirèrent l’enfant des entrailles de la mère, dévorèrent l’un et l’autre, et ne laissèrent que des lambeaux et des ossemens ensanglantés.
L'année suivante, la ville de Meaux fut prise par les Anglais ; les deux Vauru furent pendus
à l’orme qui portait leur nom. Le bâtard, comme le plus cruel, fut traîné par les rues de Meaux, eteut la tête coupée avant d’être pendu.
Ceux qui déclament si vivement contre les
mœurs actuelles, et qui font, avec tant de complaisance, l'apologie du temps passé, prouvent qu'ils ignorent l’histoire ou qu'ils ne l’ont plutôt étudiée que dans des compilations complaisam-