EXÉCUTIONS SINGULIÈRES
Le 15 décembre 1427, fut pris, dans le château de l’Isle-Adam , un gentilhomme nommé Sauvage de Fromonville ; on le conduisit, pieds et mains garrottés, à Bagnolet, où était le régent du roi d'Angleterre, qui le condamna à être pendu dans la journée et le plus tôt possible. Celui qui présidait à cette exécution, était un nommé Pierre Baille, grand-trésorier du Maine, qui avait rempli successivement les places de valet, de cordonnier, de sergent à verge et de receveur de Paris.
Ce grand-trésorier du Maine refusa la permission de se confesser à ce gentilhomme qui
CHAPITRE XXXVIT. 93 l'avait demandée à plusieurs reprises : il aida lui-même à le monter sur l'échelle , vomit contre lui mille injures, et le frappa d’un grand coup de bâton; il en donna aussi plusieurs coups à l’exécuteur qui avait demandé au patient s’il avait été confessé. Le bourreau, épouvanté par ce terrible homme, ne prit pas toutes les précautions nécessaires : la corde se dénoua, et il tomba à terre avec le patient ; mais ce pauvre gentilhomme n'en fut pas quitte, on le remonta, et on le rependit plus solidement.
Au commencement de l’année 1429, pendant que les Parisiens étaient sous la domination anglaise, la misère était si affreuse dans Paris, qu'une grande quantité d’habitans en sortirent sous le prétexte de se promener; mais n'écoutant que leur désespoir, ils commirent dans les campagnes une infinité de vols et de meurtres ; on les poursuivit, et pour la première fois on en prit 08 : 12 furent pendus , et 11, conduits aux halles de Paris, eurent la tête tranchée.
Les dix premiers avaient subi leur condamnation; le onzième allait être exécuté à son tour : c'était un beau jeune homme d'environ vingt-quatre ans; on l’avait déjà dépouillé de
ses habits, et l’on commençait à lui bander
les yeux, lorsqu'une jeune fille fend la presse , pénètre jusqu'au lieu de l'exécution, et réclame à grands cris son amant : ses prières , sa beauté, ses larmes attendrirent les bourreaux, les juges et les spectateurs : le jeune homme fut ramené au Châtelet, et sa courageuse amante parvint à l’épouser.
Un gentilhomme poitevin, nommé le seigneur de la Bottière , ayant été averti que, pendant son absence, sa femme n’avait cessé de paillarder avec un gentilhomme voisin, voulut tirer vengeance d’un affront auquel il était fort sensible ; car c'était un mari peu civilisé, et
ignorant absolument les usages.
Il arrive chez lui , dissimule d’abord son ressentiment, et invite à dîner le voisin, amant de sa femme. Après le repas , il propose d’aller se promener dans un bois; là , il assassine la femme et le gentilhomme , afin de laver dans leur sang le déshonneur dont les deux coupables avaient terni son honneur.
Il fut bientôt arrêté, jugé et condamné à avoir la tête tranchée : quand on lui prononca son arrêt, il dit clairement à ses juges qu'ils portaient tous les cornes, et qu’on ne le faisait mourir que parce qu'il n'avait pas voulu en porter comme eux.