CHAPITRE IT
les travaux, la vie même de ceux qui leur étaient soumis. Les autres rabaissés à l’état des animaux domestiques, étaient vendus avec le fonds qu’ils cultivaient , n’avaient aucune existence civile, et leurs corps appartenaient sans restriction à leur maître qui pouvait en disposer à sa fantaisie *.
Cette distinction barbare entre les sujets d’un même roi, cette excessive disproportion entre l’état du seigneur et celui du serf, quoique opposées à la raison, à la liberté, à la dignité de l’homme, à la charité évangélique , à cet esprit d'égalité , de confraternité , si recommandé par la religion chrétienne , loin d’être prohibées par les ecclésiastiques , étaient autorisées par leur exemple. Les chapitres, les monastères, les abbés, etc., possédaient des troupeaux d'hommes, de femmes et d’enfans , les vendaïent, les troquaient, les maltraitaient à leur gré”.
* Les seigneurs avaient droit de vie et de mort sur les serfs attachés à la glèbe. Ils peuvent, dit Beaumanoir, les tenir en prison toutefois qu’il leur plait, soit à tort, soit à droit; ils n’en sont tenus à répondre, fors à Dieu.
2 Les prêtres et les moines avaient tellement fasciné l'esprit du peuple, alors stupide et ignorant, que plu-
e . , . La Li N sieurs particuliers venaient par dévotion se donner aux
SINGULARITÉS HISTOR IQUES.
Blanche de Castille, mère de Saint-Louis, et régente du royaume pendant le voyage de son fils dans la Terre-Sainte, indignée de voir l’oppression dans laquelle les ecclésiastiques tenaient la plupart des peuples , fit, pour les en délivrer , un coup d'éclat qui prouve son courage , et les mœurs des prêtres de ce temps-là.
Cette princesse fut avertie que les chanoines du chapitre de Notre-Dame de Paris tenaient enfermés dans leurs prisons des hommes-serfs du village de Châtenai, qui refusaient de payer une contribution excessive et nouvelle, et qu'une foule de ces malheureux, gênés dans la même prison , manquaient de tout, et mouraient insensiblement de faim et de misère.
Blanche, touchée de compassion pour ces infortunés, envoya dire aux chanoines qu’à sa considération ils voulussent bien relâcher ces prisonniers. La chronique latine marque en propres termes, que la reine pria les chanoines de les faire sortir de prison, les assurant qu'elle s’informerait de tout, et ferait justice.
saints et saintes, et vouer entre les mains des ecclésias-
tiques, leur liberté, leurs travaux et leurs corps, Ces prêtres se faisaient des titres de l’imbécillité de ces dévots, et exigeaient chaque année le fruit de leurs travaux avec
une rigueur inflexible , le tout au nomdes saints et saintes.