CHAPITRE XXXIX
fameux duc d’Albe, digne confident de Philippe Il. Catherine de Médicis avait de fréquentes conférences avec lui, et malgré le mystère dont ils s’enveloppaient, quelques parolés recueillies par le prince de Béarn, depuis Henri IV, dont l’extrème jeunesse éloignait toute méfiance, lui apprirent que ces entretiens roulaient sur la mänière dont il fallait s’y prendre pour détruire les protestans. Ce prince s’empressa dé faire part de ce complot à la reine de Navarre, sa mère; elle en donna avis au prince de Condé et à l'amiral de Coligny, chefs de ce parti, qui employèrent dès-lors tous leurs éfforts pour détourner le coup dont on les menaçait.
En 1566, on crut devoir profiter de l’assemblée de Moulins, pour amener la réconciliation des maisons de Guise et dé Châtillon’, car l’exé-
1 La mort funeste de Henri IL, blessé dans un tournoi par Montgommeri, en 1559, fut le signal de trente années de guerres civiles. Ses rigueurs contre les protestäns, et surtout la condamnation du conseiller Anne du Bourg, avaient considérablement accru le nombre des religionnaires. À l’avénement de Charles IX sur le trône, la France était divisée entre le parti catholique, à la tête
duquel étaient FranÇois de Guise et le cardinal de Lor-
cution des projets que l’on méditait, dépendait de Ja sécurité qu'il fallait inspirer au parti calviniste dans la personne de l’amiral. Le raccommodement se fit, mais avec si peu de sincérité de la part des Guises; qu'après l’assemblée, Coligny fut instruit que les Lorrains voulaient le faire assassiner; il s’en plaignit au roi, et se tint plus que jamais sur ses gardes.
Cette défiance, que partageait tout le parti protestant, fit connaître à Catherine que pour frapper sûrement le dernier coup, il faudrait
raine, son frère; et le parti protestant, soutenu par le prince de Condé, Antoine, roi de Navarre, son frère, père de Henri IV, l’aîné des Châtillon, plus connu sous le nom d’amiral de Coligny, et son frère d’Andelot. De cette époque datait entre les maisons de Guise et de Châtillon, cette rivalité que les Lorrains changèrent bientôt en une haine implacable. L’assassinat du duc de Guise par Poltrot de Méré en fut le prétexte; ce misérable osa accuser l’amiral de complicité dans cet attentat. Quoique le caractère de Coligny dût le mettre à l’abri d’un pareil soupçon, les Guises le crurent ou feignirent de le croire coupable, malgré le désaveu qu'il en fit sous serment. Henri de Guise, fils aîné du défunt, qui assistait à cette assemblée de Moulins, trop jeune encore pour contredire, montra du moins, à son air froid, qu’il ne
prenait aucune part à ces projets, mais on verra bientôt
quelle part il prit à leur sanglante exéculion.
CHAPITRE XXXIX. 101 en venir à quelque éclat; elle s’y détermina : la difficulté était de lever des troupes sans alarmer les calvinistes; une circonstance imprévue lui en fournit les moyens. L'armée que le roi d'Espagne envoyait dans les Pays-Bas, longeait les frontières de France; la reine feignit de craindre quelque entreprise étrangère, et leva 6000 Suisses qui, après le passage des Espagnols, se dirigèrent vers le centre du royaume. Tout semblait devoir réussir au gré de Catherine ; mais un des principaux seigneurs de sa cour, ayant fait instruire les calvinistes du péril qui les menacçait, ils se réunirent chez l'amiral, à Châtillon-sur-Loing, et ils prirent à leur tour la résolution de s’emparer-de la cour qui passait alors la belle saison à Monceau, en Brie, vivant sans aucune précaution pour sa sûreté, comme si elle n’avait rien à craindre de la vengeance d'une multitude d'hommes qu'elle poussait au désespoir. Le projet des protestans était de chasser les Guises, et de mettre le roi et la reine dans leur parti. Cette tentative échoua par la bonne contenance des Suisses qui repoussèrent l’attaque de d’Andelot et de La Rochefoucauld, et ramenèrent le roi de Meaux à Paris, au milieu d’un bataillon carré qu’ils avaient formé.
La guerre continua avec fureur jusqu’en1568; elle fut terminée par un traité appelé a Paix fourrée, parce qu’elle fut conclue en hiver, saison pendant laquelle on porte des fourrures.
Ceux qui ne s’y fiérent pas, furent les plus habiles, dit le Laboureur; en effet, on se quitta avec un silence sombre et farouche, et comme fâché de s'ètre épargné. Ce calme apparent n'était qu'un piége que l’on tendait aux calvinistes. On prenait tous les moyens de soulever le peuple contre eux. Les chaires retentissaient d’inyectives contre les protestans, de réflexions séditieuses sur la paix, d’invitations à la rompre. On avançait la maxime abominable qu'on ne doit pas garder la foi aux hérétiques, et que c'est une action pieuse et utile de les tuer. Malheur à quiconque conservait ou avait eu des liaisons avec eux ; le poignard ou le poison délivrait des inquiétudes qu'ils pouvaient ins-
pirer : 10,000 personnes périrent de cette manière, Une rupture ne pouvait tarder.
Au bout desix mois, la guerre recommence;
le 13 mars 1569, les deux armées se rencontrent sur les bords de la Charente, auprès de Jarnac, et les calvinistes, commandés par le prince de. Condé, sont défaits par le maréchal de Tavanne. Condé venait de se rendre à Dar-