‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 72 sur 219 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

-ence, lorsque Montesquiou, capitaine des gardes du duc d’Anjou, ayant demandé qui c'était, lui tira un coup de pistolet dans la tête, en disant : Tuez, tuez , mordieu. ;

Par la mort de Condé, si lâchement assassiné, le prince de Béarn ( depuis Henri IV) devint chef du parti protestant. Il s'était trouvé à la bataille de Jarnac , et fut reconnu en cette qualité. Coligny commanda sous lui. Après différentes alternatives de succès et de revers, lutte dans laquelle l'amiral se montra toujours supérieur aux coups du sort, les deux partis, également fatigués de la guerre, se rapprocherent pour traiter de la paix. Elle fut conclue à Saint- Germain-en-Laye, le 2 août 1570, et nommée la paix boiteuse et mal assise, par allusion à Biron qui boitait, et au seigneur de Malassise, négociateurs de la cour.

Les grands avantages accordés aux protestans avaient pour but de détruire leurs soupcons, et de les porter à se fier à une paix qu'on était décidé à rompre de la manière la plus tragique. [ls Y furent trompés: néanmoins, comme l'autorité que les Guises exerçaient sur le roi et la reine, n’avait rien perdu de sa force, l’amiral conservait encore beaucoup de méfian-

ces. Il résista long-temps aux sollicitations de

la reine qui voulait l’attirer à la cour, et avec lui la reine de Navarre, le prince de Béarn, et les principaux chefs du parti. Elle y réussit enfin, en flattant l'amiral de le charger de la conduite d’une guerre que l’on disait projetée contre la Flandre, et en proposant à Jeanne d’Albret le mariage de son fils avec Marguerite de Valois, sœur de Charles IX: dès-lors la méfiance des chefs protestans s'évanouit.

Coligny se laissa prendre à ce piège, et la reine de Navarre l’imita; ils se rendirent tous à la cour de France, qui se trouvait à Blois. Je vous tiens, dit Charles au vieux guerrier, et vous ne nous quitterez pas quand vous voudrez. On les combla de caresses et d’honneurs.

Tous les protestans ne partageaient cependant pas ce fatal aveuglement; quelques-uns, réunissant plusieurs circonstances, conçurent de violens soupçons contre la sincérité de la cour.

La mort de la reine de Navarre, peu de jours après son arrivée.à Paris, justifia ces soupçons ; ils attribuèrent , non sans fondement, cette mort au poison ; tout enfin semblait leur présager le sort funestequi les attendait. [ls essayérent vainement de faire partager leurs pressentimens à l'amiral qui séjournait alors à Châtillon où

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