‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 79 sur 219 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Quatre mille citoyens furent à Lyon égorgés en un jour. Un boucher qui s'était signalé par le grand nombre de protestans qu’il avait assommés, en fut récompensé par l'invitation qu'il reçut de dîner à la table du légat, lorsqu'il passa par Lyon.

Plus de 60,000 personnes en France perdirent la vie.

Lorsque les rois donnent l'exemple du crime, ils ne sont que trop imités. On tuait par fanatisme, par opinion; les parens égorgeaientleurs parens pour en hériter, des amans leurs rivaux; On tuait les hommes en place pour leur succéder. Le roi et la reine ne rougirent pas de participer à ces brigandages, en acceptant les bijoux précieux qui leur étaient offerts par des mains encore teintes du sang de leurs sujets.

Le troisième jour, Charles IX se rendit au parlement où il déclara que tout s’était fait par son ordre, pour déjouer une conspiration dont il eut la lâcheté d’accuser l'amiral; et le parlement rendit contre le mort un arrêt par lequel il ordonna que son corps, après avoir été traîné sur une claie, serait pendu sur la place de Grève, ses enfans déclarés roturiers et incapables de posséder aucune charge; sa maison deChâtillonsur-Loing rasée, les arbres coupés, etc., et que

tous les ans on ferait une procession le jour de la Saint-Barthélemi, pour remercier Dieu de la découverte de cette conspiration à laquelle l’amiral n’avait jamais songé :.

Le peuple s’empara du cadavre de Coligny, le traîna par les rues, et le pendit par les pieds avec une chaîne de fer, au gibet de Montfaucon, et le roi eut la cruauté d'aller lui-même, avec sa cour, à Montfaucon, jouir de cet horrible spectacle.

Un petit nombre de commandans de province, le comte de Tende, Gordes, Chabot- Chärni, de la Guiche, le vicomte d'Orthe, Villars, se refusèrent à l'exécution de ces ordres sanguinaires : de pareils noms doivent aller à la postérité; mais ce qu'il faut dire aussi, c'est que la mort précipitée du vicomte d'Orthe et

du comte de Tende, fit croire que leur huma-

nité avait déplu à la cour : ces deux gouverneurs furent empoisonnés.

La nouvelle du massacre fut reçue à Rome avec les transports de la joie la plus vive. 'On tira le canon, on alluma dés feux, et Grégoire XIII assista avec éclat à une messe solennelle qui

\ Malgré’cet arrêt, la fille de Pamiral, veuve de Téligni, épousa, peu de temps aprés, le prince d'Orange.

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