‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 78 sur 219 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

et de se laisser tomber entre son père et son frère, dont il reçut les derniers soupirs. Les meurtriers les croyant tous morts, se retirèrent en disant : Les voilà bien tous trois. Quelques malheureux vinrent les dépouiller. Il restait un basde toile au jeune de Laforce : un marqueur du jeu de paume du Verdelet voulut s’en emparer. En le tirant, il considérait le corps de ce jeune enfant : Hélas, dit-il, c’est bien dommage; celui-ci n’est qu’un enfant , que peut-il avoir fait? Ces paroles de compassion engagèrent le jeune Laforce à lever doucement la tête, et à lui dire tout bas : Je ne suis pas mort. Ne bougez pas, mon enfant, répondit le marqueur attendri, ayez patience. Sur le soir, il le vint chercher , et lui mit un méchant manteau sur les épaules. Comme il le conduisait, quelqu'un des assassins lui demanda : Qui est ce jeune garcon ? C’est mon neveu , lui dit-il, qui s’est enivré; vous voyez comme tl s'est accommodé; je m'en vais bien lui donner le fouet. Enfin, le pauvre marqueur le mena chez lui, et lui demanda trente écus pour récompense. De cette maison, le jeune Laforce se fit conduire , déguisé en mendiant, jusqu’à l’Arsenal, chez le maréchal de Biron, son parent, grand - maître de l'artillerie; on le cacha

auelque temps dans la chambre des filles , et

sur le bruit que la cour le faisait chercher pour

s’en défaire, on‘le fit sauver en habit de page, sous le nom de Beaupuy *.

Parmi les scélérats qui se rendirent fameux dans cette circonstance, on cite particulièrement Jean Férier, avocat et capitaine de son quartier; René, parfumeur de la reine; Pezou, boucher, et le comte de Coconas; on vit un nommé Crucé, orfévre ,; montrant son bras nu et ensanglanté, se vanter que ce bras avait égorgé plus de quatre cents personnes en un jour.

A Paris, le massacre dura pendant près d’un mois ; il s’étendit dans les provinces ; il fut horrible à Meaux, à Angers, à Bourges, à Orléans, à Toulouse, à Rouen, et à Lyon. Mandelot, gouverneur de cette dernière ville, ayant appris que quelques protestans avaient échappé à la vigilance des meurtriers, voulut contraindre Île bourreau de les tuer, mais cet homme eut la vertu de répondre qu'il n’était pas un assassin , et qu’il n’exécutait que les ordres de la justice.

1 Ce jeune homme, sauvé si miraculeusement, est devenu célèbre sous le nom de maréchal de Laforce ; il mourut en 1653, à quatre-vingt-quatre ans.

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