‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 93 sur 219 · CHAPITRE XLIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIY

sergent. Ce fut lui qui, à la tête d’une foule de factieux, entra chez le sieur Tardif, conseiller au Châtelet. Ce magistrat était malade, et venait d’être saigné. Jean Hamilton le tira du lit, et le mena lui-même au Châtelet où il fut pendu sur-le-champ à côté du président Brisson et du conseiller Zarcher, qui venaient de subir le même sort. Lorsque les Parisiens eurent enfin ouvert les portes de la ville à Henri IV, et que ce roi fut arrivé à Notre-Dame aux cris de mille vive le roi, le curé Hamilton, armé d’une pertuisane, courait vers Saint-Yves pour y joindre le capitaine Crucé; mais l’un et l'autre furent arrêtés. Ce curé fut un de ceux que Henri IV fit sortir de Paris.

Jean Boucher, curé de Saint-Benoît, fut prieur de Sorbonne et recteur de l’Université. Il avait déjà prêché contre Henri ILE, avant qu'il sortit de Paris. Ce roi le fit venir , le traita de meéchant, et finit par lui pardonner son insolence, à condition qu’il serait plus sage à l'avenir. Voici comment , quelque temps après, ce curé | parlait en chaire de ce monarque.

« Ce téigneux est toujours coëffé à la turque, » d’un turban , lequel on ne lui a jamais vu Ô- »ter, même en communiant, pour faire hon- + neur à Jésus-Christ; et quand ce malheureux

»hypocrite faisait semblant d'aller contre les » Reistres, il avait un habit d’Âliemand fourré, »et des crochets d'argent, qui signifioient la » bonne intelligence et accord qui étaient en- »tre lui et ces diables noirs empistolés': bref, c'est un Turc par la tête, un Allemand par » le corps, une harpie par les mains, un An- »glais par la jarretière, un Polonais par les » pieds, et un vrai diable en l’ame. »

Il composa neuf sermons , qu’il prêcha dans l'église de Saint-Merri, pour prouver que la conversion de Henri IV était nulle, que la messe qu'on avait chantée devant lui était une farce ; il demanda à Dieu dans un de ces sermons, d’éteindre la race des Bourbons, et qu’il n’en fut plus parlé. Une autre fois il exhorta ses auditeurs à mourir plutôt que de recevoir Ja paix de Henri IV. Ce furieux curé fut chassé de Paris. Retiré en Flandres, il composa le livre affreux de l’Apologie pour Jean Chastel , dans lequel il abuse continuellement de l’'Ecriture sainte, pour excuser cet assassin d'Henri IV.

Guillaume Rose, évêque de Senlis, était à la tête des ligueurs qui passèrent en revue devant le légat Gajetan, et il faisait les fonctions de premier capitaine. Pendant qu'il était au

CHAPITRE XL{V. 145 collége de Navarre , il précha contre Henri IL, Ce roi lui reprocha son insolence ; Rose demanda pardon, et reconnut sa faute, Henri III, non-seulement lui pardonna, mais aussi le gratifia de quatre cents écus, afin d’acheter, lui dit-il, du sucre et du mrel pour vous aider à passer le carême et adoucir vos trop aigres paroles. Dans la même année, le roi lui écrivit une lettre pleine de bonté, dans laquelle il demande au prédicateur son amitié, et le nomme à l'évêché de Senlis.

Tant de bienfaits n’apaisèrent point ce fougueux prédicateur; il ne cessa de prêcher et de cabaler contre Henri IL et Henri IV; il avait souvent des attaques de folie, ce qui contribua un peu à faire excuser sa fureur : il disait un jour en chaire, « Croyez-moi, et vous croirez »un fou, c'est-à-dire, vous savez que je passe » pour ce qu'on me connaît, pour un fou ; c’est » pourquoi suivez mon conseil, puisqu'on dit » communément que les fous prophétisentr. »

Henri IV s'étant rendu maître de Paris, Rose fut du nombre desligueurs bannis de cette ville,

* Ce furieux prélat n’était pas insensible à l’amour, il poussa si loin le badinage avec la fille d’Étienne Neuilly, premier président de la cour des aides, qu'il la rendit mère,

quelque temps après, le roi, dont la clémence était sans bornes, pardonna à cet odieux prélat qui ne se rendit point digne de cette faveur; il se glorifiait publiquement d’avoir signé un des premiers le serment de la ligue, et ajoutait qu'il le ferait encore si l’occasion s’en présentait; il avait encore approuvé par des notes marginales unlivre composé contre HenriIV, par un furieux ligueur nommé d'Orléans. Cette conduite ingrate et criminelle fut condamnée par arrêt du 5 septembre 1598 ; il fut obligé de payer une amende de cent écus d'or, et de ne point prêcher de quelque temps. Dans cette affaire , il comparut au parlement avec ses habits pontificaux; on lui ordonna de les quitter ; il refusa fièrement d’obéir; on le conduisit dans la grand’chambre où son arrêt fut prononcé, et un huissier le dépouilla ignominieusement de ses habits.

Christophe Aubri, curé de Saint-André-des-

Ars, était du conseil des quarante. Pierre Bar-

rière le consulta pour savoir s’il pouvait, sans blesser sa conscience, assassiner Henri IV après sa conversion. Le curé Aubri traita ce scrupule de bagatelle.

I! furetait chez tous les particuliers, afin de trouver des protestans à massacrer. Le moin-

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