‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 92 sur 219 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

leur fallait encore rendre le souverain légitime odieux aux peuples; cette séduction, d'autant plus criminelle que le prétexte en était sacré, fut l’ouvrage des prédicateurs ; ils ne craignirént point de profaner leur saint ministère, en l’'employant à servir l'ambition des usurpateurs, et dans une chaire consacrée à la parole d’un Dieu de paix, de prêcher la révolte et les massacres.

Quelque temps avant la journée des barricades, la Sorbonne ' avait déjà manifesté sa haine contre le roi de France, par une décision portant qu'on pouvait Ôter le gouvernement aux princes dont on n’était pas content, tout comme on Ôtait l'administration à un tuteur suspect.

L'insolence de quelques docteurs qui avaient osé prêcher contre la cour et le gouvernement, et cette décision de la Sorbonne, indisposèrent violemment le roi contre cette société; il manda au Louvre, le 50 décembre 158, la faculté de théologie, en réprimanda fortement tous les membres, et finit par leur pardonner, en leur commandant d’être plus circonspects à

? La Sorbonne, c’est-à-dire, trente ou quarante pédans, maîtres ès Arts crottés, qui, après grâces, trailent des

sceptres et des couronnes, comme s’exprime lEstoile.

l'avenir. Cette recommandation fut inutile :

l'insolence des prédicateurs croissait avec l’autorité des ligueurs, et bientôt ils ne gardèrent aucune retenue, comme on va le voir.

Les plus fameux de ces prédicateurs étaient, Jean Hamilton, curé de Saint-Côme; Jean Boucher, curé de Saint-Benoît; Guillaume Rose, évêque de Senlis; Christophe Aubri, curé de Saint - André - des - Ârs ; frère Bernard de Montgaillard, dit le petit Feuillant; François Pigenat, docteur de Sorbonne, curé de Saint- Nicolas-des-Champs; Jean Lincestre, curé de Saint-Gervais; Jacques Commollet, jésuite; Guillaume Lucain, docteur; Jacques Cueilly, curé de Saint-Germain-l’Auxerrois; Feuardent, cordelier ; Jean Guarinus, cordelier; Jacques Pelletier, curé de Saint-Jacques-de-la-Boucherie,

et autres, auxquels on distribuait, comme dit M. Vitri, dans son manifeste, les doublons d’Espagne, pour les encourager à crier de plus en plus dans les chaires, et y semer des invectives contre Henri IV.

Jean Hamilton était Ecossais. Après que l'Université l’eut nommé à la cure de saint-Côme,

il se montra le plus déterminé ligueur. Dans la fameuse revue des troupes de la ligue, qui passa devant le légat, ce curé faisait l'office de

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