LETTRE DE SON EMINENCE LE CARDINAL BEGIN
Archevêché de Québec, le 4 novembre 19 14.
Mon cher Monsieur,
Je vous remercie de l'exemplaire du beau volume, Sir George-Etienne Cartier, dont vous venez de me faire hommage.
Autant que j'ai pu m'en rendre compte, vous avez traité votre sujet avec une largeur de vue, un souci d'impartialité et un respect de la vérité qui vous font honneur et vous recommandent à la confiance de vos lecteurs. Il convient aussi de vous savoir gré du témoignage fort juste assurément que vous rendez au dévouement et au patriotisme éclairé, et à la loyauté du clergé franco-canadien. Il faut également vous féliciter d'avoir compris la haute signification, au double point de vue ethnique et social, de la juxtaposition des deux grandes races à qui, de par le décret de la divine Providence, est échue la noble tâche d'établir sur des bases solides et de faire prospérer leur commune patrie. Ces principes et ces convictions vous les avez rencontrés dans la carrière de celui dont vous esquissez la vie, et vous avez su leur donner dans votre livre le relief qui leur est dû.
A une époque où, dans certains milieux, on est trop exposé à perdre de vue, avec la notion du droit, les leçons de l'histoire, il était bon, à côté du monument en bronze de Sir George-Etienne Cartier, d'en élever un autre, aère perennhts, pour rappeler aux générations actuelles et futures ce qu'a été ce grand homme d'Etat, ce fidèle enfant de la Sainte Eglise, ce chevalier " franc et sans dol ".
C'est cette œuvre que vous avez accomplie et je vous en félicite, en vous priant d'agréer l'assurance de mon entier dévouement.
f L.-N. Card. Bégin, arch. de Québec,
M. John Boyd,
Montréal.
LETTRE DE SA GRANDEUR Mgr BRUCHES I, ARCHEVEQUE DE MONTREAL.
Archevêché de Montréal,
20 novembre 1914.
Monsieur John Boyd,
Montréal.
Mon cher Monsieur Boyd,
J'ai pu prendre à loisir connaissance de votre ouvrage sur Sir George-Etienne Cartier. Je m'empresse de vous communiquer l'heureuse impression qu'a créée chez moi le monument élevé par vous avec tant de conscience et de patience.
C'est, en vérité, un monument à l'honneur du Canada tout entier. Vous avez parfaitement compris que les honneurs décernés à Cartier rejailliraient sur le pays au bien-être duquel il a consacré son talent et son énergie. Vous ne pouviez décrire l'influence décisive qu'il exerça dans le domaine politique, national, social ou religieux, sans reconstituer l'époque où il se dépensa au service de sa patrie, sans rappeler les hommes avec lesquels il fut en contact, sans exposer les problèmes capitaux dont il rechercha si avidement la solution. De la sorte, dans tout votre livre, se trouvent placées en pleine lumière ces questions controversées: les régimes de i7ç)i, 1840 et i867, la tenure seigneuriale, l'établissement du gouvernement responsable, la codification de nos lois, la politique des chemins de fer, l'unification graduelle du Canada.
Sans doute, c'est au développement de tout le Canada que Cartier s'est dépensé. Il ne pouvait, cependant, vous échapper que ses nationaux bénéficièrent de la meilleure part de son zèle.
En un sens, comme vous le dites, Cartier fut un " chef régional "; mais, vous le notez aussi, son attachement à ses frères, les Franco-Canadiens, ne lui fit jamais oublier qu'il représentait, soit à la Chambre, soit dans le ministère, tous les Canadiens sans distinction d'origine. Aux yeux de tous les sages, ce sera le meilleur titre de gloire de Cartier d'avoir travaillé à fa:re respecter les droits de tous les groupes ethniques du pays.