‹ Sir George Étienne Cartier, baronnetChapitre 2 sur 66 · XII LETTRES D'APPRÉCIATION · texte numérisé non relu

XII LETTRES D'APPRÉCIATION

Quand il se fut prodigué à la grande patrie, alors seulement, il s'appliqua à aider les membres de sa petite patrie. De ceci, il ne crut jamais qu'on pût lui faire un crime.

J'aime à reconnaître aussi votre grande largeur de vues. Bile vous a aidé à saisir exactement l'état d'esprit et les aspirations d'une nationalité différente de la vôtre. Elle vous a permis de découvrir le vrai dessein d'où procéda l'insurrection avortée de 1837, l'opportunité pour l'époque du système seigneurial, le caractère honnête de nos habitants et la justesse des réclamations qu'ils firent entendre en leur qualité de minorité dans la Confédération. L'impartialité avec laquelle vous appréciez la part que nos ancêtres ont prise à la fondation et à la prospérité de notre bien-aimé pays, l'empressement avec lequel vous faites ressortir leur générosité chaque fois qu'ils eurent l'occasion de défendre les droits des autres minorités, voilà qui vous assure la reconnaissance de tous les Franco-Canadiens.

Quelque honneur qui doive en rejaillir sur eux, c'est pourtant la mémoire de Cartier lui-même qui profitera surtout de votre enquête si consciencieuse. Vous avez groupé les témoignages de ses adversaires comme de ses partisans : ils forment un panégyrique tel qu'aucun homme public sur ce continent n'a jamais été gratifié d'un pareil hommage. Toutefois, le vrai titre de Canadien qui mérite notre admiration, c'est sa propre conduite dans une carrière si tourmentée. A deux reprises, sans doute, vous avez dû le blâmer ; votre sincérité mérite l'approbation. Mais, en somme, votre livre le montre pourvu de si belles qualités que votre héros y apparaît, sinon comme la figure la plus frappante de notre scène politique, au moins, comme l'un des plus respectables parmi nos hommes d'Etat. La colonne qu'on lui élève transmettra son souvenir à la postérité ; elle ne fera cependant pas pour cela la moitié de ce que fera votre magnifique contribution à noire histoire nationale.

Il ne m'appartient pas d'insister sur l'allure littéraire de cette contribution. Vous admirez le grand homme d'Etat ; votre admiration, toutefois, ne vous porte jamais à transgresser la première loi de l'histoire : dire la vérité, rien que la vérité. On louera le silence que vous gardez quand les documents officiels sont muets sur le sujet qui vous occupe. On vous félicitera également d'avoir restauré, avec ce sens de l'histoire qui en fait " une résurrection du passé ", certaines scènes effacées partiellement.

On vous applaudira d'avoir relégué, dans le domaine de la légende, des faits que ne confirment point des témoignages absolument authentiques et explicites.

Le clergé canadien surtout ne saurait manquer d'être touché de la hauteur de jugement que vous déployez en appréciant son influence

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