XXIV PREFACE DE E AUTEUR
l'histoire entière et véridique des événements politiques de cette période, surtout quand cette période constitue ce qu'on peut appeler la période de formation de notre histoire nationale.
Si l'histoire, ainsi que le fait remarquer un écrivain distingué, est la biographie des grands hommes, assurément aucune carrière ne saurait offrir un meilleur sujet d'étude à l'historien que la carrière de George-Etienne Cartier. Patriote, législateur, réformateur, administrateur, homme d'Etat et constructeur d'Etat, il a été mêlé de près à nombre d'entre les plus grands événements de l'histoire de son pays. Sa carrière, inaugurée au plus fort de la lutte pour la liberté politique et le gouvernement responsable, se termina quelques années après l'établissement du puissant Dominion dont il avait été l'un des principaux fondateurs. Mon objet a été de présenter un tableau historique de toute la période occupée par la carrière de George-Etienne Cartier. Naturellement, Cartier en est la figure centrale, mais sur la toile s'apercevront aussi les figures de Papineau, LaFontaine, Morin, Taché, Hincks, John A. Macdonald, John Sandfield Macdonald, A. T. Galt, George Brown, Thomas D'Arcy McGee, Antoine-Aimé Dorion, Charles Tupper, Samuel Léonard Tilley, et nombre d'autres. A tous ces grands Canadiens, je me suis efforcé de rendre pleine justice, en ne [perdant jamais de vue qu'il me fallait m'élever au-dessus de toutes les considérations de partis et ne considérer les hommes et les choses qu'à la lumière seule des faits.
La mémoire de George-Etienne Cartier est aujourd'hui l'héritage de tous les Canadiens. Son nom a cessé d'être le mot d'ordre d'un parti politique ; au contraire, les deux partis ont le droit de partager la gloire de sa mémoire ainsi que la distinction que ses actions lui ont value. Commençant sa carrière publique comme réformiste constitutionnel de l'école LaFontaine-Baldwin, il fut l'un des réformistes du Bas-Canada ayant effectué sous la conduite de Morin l'alliance avec les conservateurs modérés du Haut- Canada qui a donné naissance à ce qu'on nomma dans la suite le parti libéral-conservateur. On peut donc dire qu'il a été identifié, à différentes époques de sa carrière, avec les deux grands partis politiques du pays. Le patriotisme n'est le monopole d'aucun parti en particulier, et il suffira de lire cet ouvrage pour se convaincre que libéraux comme conservateurs ont rendu des services signalés à leur pays à des périodes critiques de son histoire, surtout à la plus critique de toutes, c'est-à-dire la période de la confédération.
PRÉFACE DE Iv'AUTEUR XXV
Quelles que soient les lacunes qu'il puisse y avoir dans cet ouvrage — aucune production humaine ne saurait atteindre à la perfection absolue — je puis du moins, je crois, raisonnablement prétendre qu'elles ne sont pas dues à un manque d'efforts consciencieux et diligents. La liste des autorités consultées, et que l'on trouvera à la fin de l'ouvrage, témoignera des soins qui furent pris à cet égard. Bien que ces autorités présentassent toute l'utilité désirable pour des fins de confirmation, j'ai toujours autant que possible puisé aux sources originales en ce qui concernait les faits. Les papiers, lettres et documents appartenant à sir George- Etienne Cartier ont été mis à ma disposition, et j'en ai fait amplement usage. Il est bien regrettable que ces papiers ne soient pas plus nombreux. C'était certainement l'intention et le désir de Cartier que ses mémoires fussent publiés à une certaine époque après sa mort, et pour cet objet il avait pris l'habitude pendant le cours de sa carrière publique de conserver soigneusement les papiers et les renseignements concernant les hommes et les choses de son temps. " Ces mémoires," faisait-il un jour remarquer à un ami, " seront complets en ce qui touche à l'histoire politique de mon temps, mais comme il se trouve là bien des révélations désagréables pour quelques-uns et trop agréables pour d'autres, je donnerai instructions que ces mémoires ne soient publiés que dix ans après ma mort," Qu'est-il advenu de cette masse de papiers ? Il est impossible de le dire, mais apparemment le plus grand nombre ont été détruits, car il en reste relativement très peu. Si on avait pu utiliser tous ces documents, il n'y a aucun doute que la lumière se serait faite encore davantage sur bien des événements auxquels Cartier a été mêlé.
La présente année du centenaire, où non seulement tout le Dominion mais toutes les parties de l'empire s'unissent pour rendre hommage à la mémoire de l'un des plus grands Pères de la Confédération, nous semble être l'occasion favorable pour présenter une histoire définitive de la vie et du temps de sir George- Etienne Cartier. C'est un fait réellement remarquable qu'alors que pleine justice a été rendue à sir John A. Macdonald dans l'ouvrage monumental de sir Joseph Pope, et alors que des biographies très complètes des autres grands Pères de la Confédération ont paru, aucune tentative n'a encore jusqu'à présent été faite pour rendre pleine justice aux services de l'un des plus grands Pères de la Confédération, de l'homme même dont ses plus émi-