Sir Georges-Etienne Cartier [microforme]
Monsieur le président, Messieurs, Une ville grecque demandait un jour à un aculpteur uno statue, et lui laissait le choix du sujet :
« Je ne vous forai pas un lutteur, dit-il, lu Grèce compte assez. d'athlèt:«, et je prefère la vertu à la force ; je no ferui point un guerrier, ce mérite est commun à des miliers d'hommes qui tous les jours meurent pour la patrio ; jo ne ferai aucun de vos anciens tyrans, jo briserais plutôt leurs imuges. Je pourrais re.
présenter quelqu'un de vos dicux ; mais vous en avez en foule dans vos temples, et pour contempler la divinité, au défaut de statues, n'avez:
vous pas les cieux ? Alors le peuple l'interrompit—Statuuire que ferastu donc ?—Ce qu'il y a jamuis eu de plus rare aur lu terre : un homme qui meurt pour la vérité, et il fit Socrute mourant, »
Messieurs, je puis dire avec ce sculpteur, je ne viens pas offrir à vos yeux lu statue d'un tyran, nous aimons trop la liberté, et vous seriez jes premiers à m'interrompre si j'avuis lo déplorable courage de faire ici l'apologie d'un tyran, Non ! je no ferui pas sortir de leur tombeau les hommes qui avaient mission d'uréuntir sur un sol français la population canadienne-française, ils dorment-là, ensevelis duns le mé-
pris public, qui leur sert de liuceuil.
Je n'ai pas À m'occuper d'eux, ils ont passé, et la nation canadienne-fran- Guise est aujourd'hui une puissance dans la Confédération. Je no m'occuperai par d'eux, mais je vais essayer de vous faire lu statue d'un homme qui a consacré s0n existence au bien être de ses concitoyens, qui a vécu pour eux, ct qui Jusqu'au dernier soupir a travaillé à l’agrandissement de sa patrie, Sir Georges- Etienne Cartier.
Où puis-je prononcer ce nom vé néré uvec plus d'à-propos, que dans cette salle du club Cartier ? Il est l'égide qui protège notre marche, qui dirige nos pus dans l'étude de l’h'stoire de notre pays. N'est-ce pas lui qui nous dit à tout instant du jour, que pour être grand citoyen, il faut uimer notre patrie comme il l’a aimee. N'est-ce pas lui qui chaque fois que nous franchissons le seuil de cette sulle, nous fait entendre ces mots : « Soyez franc et sans dol, »
Lo 6 septembre 1814, naissait dans le village de Saint Antoine, situé sur les bords de la rivière Chambly, celui qui est devenu l’une de nos plus belles gloires nationales, Georges-E ienne Cartier,
Quelques-uns do ses biographes, ont di-cuté sa lignée; mais il me semble, messieurs, que pour nous, cotte discussion est inutile, qu'il soit l'un des descendants du célèbre na-
vigateur de Saint-Mälo, que nous im porte ; si c'étuit à son seul mérite, je ne trouveruis pas son nom dans les pages de notro histoire contemporuine ! Non, sa vie a été assez belle, pour que nous ne soyions pas obligé de jui chercher, dans la nuit des Lemps, un piétestal légué. Et je suis persuadé que votre condes
cendance ira encore plus loin, et que vous mo permettrez de laisser duns l'ombre, son enfance, su jeunesse, les prix de thêmes et de ver
sions, les lauriers qu'il a pu cueillir çà et là, pendant ses études.
A vingt un-ans, il était admis membre du barreuu. Il y avait alors moins d'uvocats qu'anjourd'hui; cependant, l'encombrement dans lo paluis de Themis l'obligea à prendre place au troisième étnge. C'était un peu élevé pour la clientèle : il dut attendre la, pendunt quelque temps, mais ce ne fut pas long, son énergie, son ardeur pour le travail, son activité, lo placèrent bientôt au premier rang dans le barreau de Montréil.
Le monde politique lui tendait aussi les bras.
Tout était alors pour ainsi dire à créer, dans notre sphère sociale; littéraire et scientifique ; il fallut des hommes de science et de courage, la Providence les donna au Canadafrançais, et fit grandir une brillante pleïude, immortalisée par Bédard, Papineau, Morin, Lafontaine, Pa rent, Tuché et autres dont les noms sont gravés profondémont sur les pages de notre hi-toire. Duvernay jetait les bases de la société Suint- Jean - Baptiste, et Cartier s’écriait dans cette belle société nationale :
O mon pays ! de la rature
Vraiment tu fus l'enfant chéri :
Mais l'étrange” souvent parjure
En ton seiu le trouble a nourri.
Puissent tous tes enfants enfin se Joindre
Et valeureux voler à ton secours !
Car le reaujour déjà comme ce à poindre
O Canada ! mon pays! mes amours !
Le beau jour qui commençait à poindre, devait disparaitre momen-
tanément pour faire place aux sanglantes journées de 37 ot38 Nos pères luttuient alors contre le régime oligarchique, qui voulait «écraser tout ce qui était Canudien-français, »
Ils protestèrent énergiquement, une vuix éloquente se fit entendre dans lo parlement anglais, revendiquant pour nous, comme elle revendiquait pour l'Irlande, justice et liberté, Muis tout fut inutile ; ni les Y2 résolutions transmises en Angleterre, ni l'eloquence d'O'Connel! ne puront convaincre le calinot anglais qu’il faisait fausse route.
Le cri « aux armes » s'éleva dans nos campasnes, l'insurrection grandissait. Ah ! messieurs, nous avons ici devant nous, une heuro de perplexité épouvantuble, et bion des cœurs durent saigner, Recourir aux armes, n'étuit ce pas signer notre arrêt de mort ! N'était-ce pas aneantir à jamais nos libertés roligieuses et civiles ? Bédurd, Caron, Parent, se prononcèrent fortoment contre co mouvement insurrectionnol. D'après eux, il valait mieux porsister à fuire une lutte énergique, mais constitutionnelle, que de prendre les urmes contre l’Angleterre. Lour opinion fut partagée et soutenue par tout le clergé cinadien dont lo patriotisme n'a pus besoin d'être prouvé. Cette ferme attitude, enrayale mouvement insurroctionnel et sauva la situation ; les événements qui suivirent cette daülo ménorubie l'ont démontré.
Georges - Etienne Cartier, avec l'entrain de lu jeunesse et cette nature de feu qui ie dévorait, se jeta dans la lutte. Nous le voyons sur le champ de bataille de Saint-Denis, à côté de Nelson, dont il ost l’uide-decamp, Chargé d'une mission importunte auprès des patriotes do Saint-Antoine, il l’exécute rapidement et contribue par son courago au succès de la journée,
Privés d'armes et de munitions, les patriotes ne peuvent resister longtemps aux troapes anglaises
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